28 août 2007

The West Wing - 20 Hours In America

The West Wing - 20 Hours in America (season 4)

This is my all-time favorite moment in the history of television shows. After a pipe bomb exploded at a university swimming pool during a polo game, killing 44 people, President Bartlet gives a speech at a diner that night :

More than anytime in recent history America's destiny is not of our own choosing. We did not seek nor did we provoke an assault on our freedoms and our way of life. We did not expect nor did we invite a confrontation with evil. Yet the true measure of a people's strength is how they rise to master that moment when it does arrive.
Forty-four people were killed a couple hours ago at Kennison State University; three swimmers from the men's team were killed and two others are in critical condition, when after having heard the explosion from their practice facility they ran into the fire to help get people out... Ran into the fire.
The streets of heaven are too crowded with angels tonight. They are our students and our teachers and our parents and our friends. The streets of heaven are too crowded with angels, but every time we think we've measured our capacity to meet a challenge, we look up and we're reminded that that capacity may well be limitless. This is a time for American heroes. We will do what is hard. We will achieve what is great. This is a time for American heroes and we reach for the stars.

25 août 2007

Comment avoir envie d'écrire avec autant de papier et d'encre à sa disposition? Comment se passer de frustration? Comment inventer des sentiments alors qu'ils vous rongent le ventre?

15 juillet 2007

Nouvelle pause dans le roman : mes 7 révélations perso

Ayant été tagué par Mégane, je me prends au jeu (partiellement) : voici mes 7 confessions, 7 choses sur moi (Julien) que personne (ou presque) ne sait. Et si je ne taguerai pas 7 autres personnes, je recommande cet exercice qui donne le vertige...

1) La première fille dont j'ai été ''amoureux'' s'appelait Anne. Nous étions en maternelle ensemble à Mandelieu la Napoule.
2) En écrivant le 1) je me suis rendu compte que je n'avais pas pensé à cela depuis longtemps, et je me demande quelle influence cela peut avoir sur mon obsession pour ce prénom.
3) Ma première ''fiancée'' s'appelait Marine. Elle m’a « largué » un matin en voyant que je m’étais fait couper les cheveux courts (ce que ma mère et mon beau-père m’avaient obligé à faire cette année-là, j’avais 8 ans).
4) Je me souviens de l’enterrement de mon oncle Pepino, à Milan. Je me souviens de le voir dans le cercueil, et je me souviens de l’odeur des fleurs. Je devais avoir 4 ans. Depuis, quand je sens cette odeur, je pense à cette scène. Je crois que personne ne le sait.
5) J’aime quand les gens me disent que je ressemble à ma mère. Au-delà de la fierté (je la trouve belle), j’aime me sentir connecté et rattaché à elle aux yeux du monde.
6) J’ai pleuré pendant tout un après-midi, vers l’âge de 4 ans, lorsque j’ai réalisé qu’un jour j’allais mourir.
7) J’ai menti un nombre incalculable de fois lorsque j’étais enfant. Depuis quelques années je mens moins : ca ne m’intéresse plus (exemple : mes 7 révélations sont vraies). Effet secondaire : ce manque d’énergie pour le mensonge m’a couté un certain nombre de potes ou même d’amis.

11 juillet 2007

Un essai en anglais

I was convinced sex was useless. Convinced well after I had tried it. I had heard about it, seen it and done it, and it still seemed pretty fucking pointless.

Sex is yet another mean of power. The last solution to get the elite to conform to the rules of the past. The last way of keeping control over anyone between 15 and 55.

Having a brain won't get you anywhere unless you have money, fame or musical talent (yes, rock stars as dumb as fuck still get laid every single night and therefore rule the 21st century much as they did the previous one).

The night is cold as a winter in a ski resort, a morning after 5. Don't blame it on anyone though – global warming has nothing to do with July nights feeling like November. I could have gone as far as to accuse Pete Doherty or countless idiots to chill the night with their empty hearts flushing down what was left of humanity, but it is late and my vodka bottle dried out.

Waving goodbye at a bus full of Japanese women, my friend Jack forgot Maxine, if only for a moment. There it was, in the birth of a bright autumn day in summer: the beginning of what was to be known as the end.

Many clubs resonated with emptiness. A girl next to me might have used the word shallow, but I think this was another illusion. Shiny blond hair teenagers danced in the twilight zone. “Earth to your brain, is anyone home?” I hit on a skull nearby, to make sure something was in it: the wooden noise of the cranial structure reminded me of how stubborn people can get, no matter what hangs (or not) between their legs.

A four-legged flying monster was heading towards our innocent group. It had a nose about half the size of its body, hanging down and then rising up as our skin became closer to it. Mosquito bites are the plague of outdoor clubs. What am I paying my government for? Fighting against terrorism? I think not. I am electing assholes to get rid of those flying blood-suckers. When will you spray some pesticide over the Seine? Incompetents. I remember they use to do it in Belgrade before we erased it from the maps. No one died from lung cancer there, mind you. Anyway, we’re all living in cancer, so we might as well develop one for a good reason. My being comfortable is one. Besides, who knows when the next nuke will strike.

27 juin 2007

Valentine

Valentine
Le temps s'oxyde sur des dalles en argent
Au cœur des places qu'haranguent les commerçants

Valentine
Tu me plais mais sais-tu qui je suis
Ton visage mou se modèle sur la physionomie
De l’idéal retrouvé sous la couche des années

Valentine
Quelques années de plus et il aurait fallu bondir
Vers ton passé privé de mes conseils avisés
J’aurais du voyager Dans l’avant pour te construire
A l’image de mes rêves pixellisés

Valentine tu as 15 ans c’est ton serment

Des étoiles décorent ta chambre tu me vouvoies
Les femmes aimantent et mentent leurs gestes aimants

Je t’ai capturé avant les garçons craintifs
Ma première banderille fera de toi un taureau sanguinolent
A même de m’achever sans un souffle d’effroi

19 juin 2007

A lire absolument


Ce n'est pas parce que c'est un ami qui l'a écrit que je le dis : Claire Obscure est un excellent roman, une de ces oeuvres rares dont chaque phrase est "signée" et marque l'immanquable patte de son auteur, Philippe Pilato.


Autre raison de soutenir ce livre : il est auto-publié et disponible sur le site Lulu.com, qui jouera je l'espère un rôle très important dans le développement littéraire des prochaines années. La page de Phil sur Lulu

Plonge dans ce livre cher visiteur, tu ne seras pas déçu! Ce journal d'une disparition amoureuse t'emmèneras des ruelles de Nice jusqu'au fond du Kirghistan, à la poursuite d'une femme partie sans laisser de traces.

p.s. : retrouve-moi bientôt sur le site en question, pour la sortie de L'attraction des astres, mon premier roman.

2 juin 2007

Fragments de Moleskine

Au bord du flot de circulation de Rivoli il y a : des vitrines de mode mondialisées, des échoppes à touriste dont la quincaillerie déborde sur les trottoirs, des bâtiments centenaires protégeant des trésors de l’antiquité et de l’Ancien Régime, des chaises métalliques où l’on peut s’asseoir pour boire un café à 3 euros.

Parfois la vie a un gros cul serré dans un jean Gucci à 1300 euros. D’autres fois, c’est un charmant fessier mis en valeur par l’évidence d’un pantalon noir Zara à 39 euros 90. On peut nager dans les liquidités et s’imaginer malheureux, et être nu comme un actionnaire d’Euro Disney mais heureux. L’essentiel des états d’âme provient effectivement de l’esprit, comme le nom l’indique, ce qui explique les quarantenaires riches et dépressifs d’Europe de l’Ouest, et les habitants de pays ruinés par des décennies de guerre qui se déclarent pourtant optimistes sur l’avenir (alors que nous savons tous que rien ne changera dans leur vie).

*****

Le monde extérieur m’a toujours semblé plus attirant lorsque j’étais enfermé. Depuis le cours primaire jusqu’à mes bureaux d’entreprises cotées en bourse, j’ai toujours passé le plus clair de mon temps à regarder par la fenêtre. Ce qui se passe dehors (les branches des arbres qui se balancent, les voitures qui s’arrêtent au feu rouge, les passants poursuivis par des pigeons kamikazes) paraît plus excitant et magique quand on en est séparé par une vitre.
Lorsque mes journées sont libres, la porte semble toujours trop loin pour la franchir. Je reste chez moi, car l’extérieur ne m’intéresse plus. D’où la signification hautement philosophique de la chanson de Claude François « le lundi au soleil ». Effectivement, on ne l’aura jamais. Car lorsque l’on peut l’avoir, il ne nous intéresse pas. Comme tant d’autres choses…

*****

L’essentiel de la matière est constituée du vide entre le noyau des atomes et les particules qui gravitent autour de ceux-ci. Ce que l’on nomme matière, la substance du monde visible et invisible, est en fait du vide animé. Du néant agitant d’infimes molécules pour remplir l’espace. Le monde est vibration.

L’analogie avec les relations humaines apparaît suffisamment évidente pour ne pas s’y attarder. Ce sont les silences qui créent les liens entre les être humains, pas les conversations. Et ceci aussi bien en amour qu’en amitié. L’aisance dans le silence emplit l’espace, le silence fait vibrer les particules autour de personnes qui se rapprochent imperceptiblement. Dès lors, comment s’étonner de la fragilité de ces histoires ? Un humain n’est pas un neutron, prévisible et lié à jamais à son orbite autour du noyau. Le vide n’est pas stable dans le monde que nous avons créé.

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Triste vérité : nous n’appartenons jamais à personne, et personne ne nous appartiendra jamais. Il serait pourtant si confortable de se transformer en chose, en objet sur lequel le propriétaire fait valoir ses droits sans hésitation : nous n’aurions plus à réfléchir, à hésiter, à s’inventer des « histoires d’amour et d’amitié ». Réduits à des choses, prisonniers consentants, nous serions enfin libres.

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Le crissement des gravillons rythme la promenade à travers les jardins impériaux. A notre gauche, deux groupes d’adolescents : garçons d’un côté et filles de l’autre. Avoir 14 ans procure des avantages certains.

Le silence est la plus belle des voix. Il s’accorde à mes pas. J’ai la démarche nonchalante des princes d’orient : mon pas lourd et lent est contrebalancé par la légèreté de mes épaules qui fendent l’air comme deux cimeterres effilés.

Créer le trouble chez une fille est relativement simple : il suffit de marcher derrière elle, un pas à côté, de sorte à faire partie de son champ de vision sans y être vraiment. Ainsi elle se sent observée sans pouvoir le savoir avec certitude, ce qui l’amène à se demander si tel est le cas, et surtout pourquoi est-ce que cela l’intéresse en fin de compte.

*****

A force de boire, j’allais développer un « tennis elbow ». Je me demandais s’il y avait de l’alcool dans ce cocktail, et en effet c’était le cas, puisque les bambous recouvrant les murs du restaurant devenaient soudain flous et animés d’un mouvement qui aurait été naturel sous l’effet du vent mais semblait suspect dans l’enceinte confinée.

La salle agitée berçait mon cerveau abreuvé de syllabes multilingues. Je regardais les gens sans savoir ce que je pensais d’eux. Entre deux gorgées de mojito, l’alcool remplaçant mon sang et celui-ci migrant dans mes yeux devenus rouges, je remarque une fille moins ordinaire que les autres à quelques pas de moi. Le monde autour de moi s’illumine progressivement, au rythme du battement de ses cils. Elle entend le soupir de l’homme assis juste à côté d’elle. L’alcool, toujours lui, a libéré d’un coup la frustration d’un amoureux secret dans un souffle bruyant, seule réaction possible à l’impuissance ressentie face à l’emprise d’un songe à forme humaine.

En observant cette créature, je réalise que son pouvoir de séduction remonte certainement à plus loin qu’elle ne puisse s’en souvenir. Elle a toujours senti les regards se tourner vers elle, sans jamais parfaitement comprendre quel particularité de son visage créait cette attirance, cette attraction. Pour elle, c’est davantage un état de fait qu’une fierté ou un étonnement. Elle plait, voilà tout.

Cela ne l’empêche pas d’avoir du mal à croire les rares hommes qui osent le lui dire (c’est-à-dire les pires, puisque les timides et les sincères restent prisonniers de leurs soupirs de frustration).

*****

Non contents d’être gras et laids, les Allemands sont en plus mal sapés (Hugo Boss revient de loin). Le régime saucisse/bière n’apporte ni finesse ni élégance. L’Allemand reste frustre, grossier et paysan même au cœur d’un Berlin racé et audacieux. La concentration démographique urbaine n’a pas eu raison d’une mentalité de taverne moyenâgeuse assez pénible sans le secours d’une choppe du schnaps local. Le raffinement de ce pays était mort aux premiers cris des officiers de la Wehrmacht, comme l’avait déploré Nietzsche (que l’on eut le mauvais goût de travestir après sa mort en héraut du national socialisme).

En France, l’élégance avait succombé dès le premier numéro de Voici, ou peut-être bien avant. Nulle part ne subsiste une « belle société » : les héritières dégénérées donnent le ton d’un monde sans courtoisie, sans grâce, sans esprit. La vulgarité décomplexée mène la danse, et les belles âmes marquent le pas.

31 mai 2007

Electric Relaxation

A Tribe Called Quest à son niveau habituel : le top.
THIS is rap! Enjoy

24 mai 2007

Dizzy Daisy Nepsy

Daisy Nepsy fixe l’objectif, s’imagine dans la chambre noire. L’éclair jaillit de l’appareil et immortalise ce moment historique. Ce soir, Daisy est…

Quelques heures plus tôt, assise sur le marbre de la douche d’un hôtel sans âme, elle fixe le vide. L’eau tombe comme une punition, elle sent les gouttes qui frappent ses épaules et ses seins. Son regard perdu dans le vague fait sauter ses idées comme un compact disque rayé. Elle répète sans cesse les mêmes syllabes. La première sonorité est sèche, écorche ses lèvres. La seconde adoucit sa voix, car c’est également la première syllabe qu’elle ait prononcée. « Ma… ». Elle gît dans cette douche brûlante depuis aussi longtemps qu’elle puisse se souvenir. Tout le monde semblait l’aimer avant qu’elle n’entre dans cette salle de bain. Le monde tournait enfin autour d’elle, pour une fois. Mais qu’importe le monde s’il n’est pas là.

Ses mains dessinent sur la buée du miroir. Machinalement, les doigts fins commencent l’esquisse d’une croix. Initiale d’un prénom qui a le pouvoir de la clouer au sol, sous l’eau brûlante, pendant des minutes insaisissables. Autour d’elle, on ne s’inquiète pas. Deux jeunes filles papillonnent devant la glace, fouillent dans des trousses de maquillages étalées sur le lavabo. Elles ne parlent plus : tout se joue ce soir.
Pour Daisy, les dés sont lancés depuis longtemps.

Elle ouvre le clapet de son téléphone portable. Aucun appel, aucun message. Malgré les photos, les interviews et les soirées de représentations, il n’a pas appelé. En revanche, des Thibault Benoît Pierre Alexis Maxime Michaël à la pelle. Tous sauf un. Etre promise à une gloire aussi éphémère que les pages glacées des magazines ne console pas mademoiselle.

Tomber amoureuse de lui…c’était comme…respirer pour la première fois…

- Daisy, tu me prêtes ton sèche-cheveux ? Le mien m’a lâché !
- Tu devrais commencer à te préparer Daisy !

Alors, de la même façon qu’elle se démaquille en rentrant d’une soirée, aussi mécaniquement, Daisy obéit et exécute le rituel. Etaler la fondation, faire pénétrer uniformément. Répartir le fond de teint, surveiller les zones brillantes. Blush sur les pommettes. Eye-liner. Mascara. Gloss. Pendant quelques instants, elle oublie la personne derrière le masque de poupée. Des secondes suspendues durant lesquelles elle pourrait être une de ces filles. N’importe laquelle. Une de celles qui ne tombent pas. Une de celles qui se contentent des cours d’admirateurs. Une de celles qui savent se refuser pour mieux dominer.

Elle avait pourtant été l’une d’entre elles. Mais une erreur entraîne toutes les autres, n’est-ce pas ? Si elle avait su…Elle n’aurait pas suivi ce premier garçon aux yeux vifs, près de la rivière. N’aurait pas écouté ses mots récités à tant d’autres avant elle. N’aurait pas laissé son cœur en vitrine comme un trophée convoité par des cambrioleurs peu gentlemen. L’effet domino l’avait fait rebondir depuis cette faute originelle jusqu’à lui. Les mots flottent autour d’elle, coulent dans ses oreilles, s’insinuent en elle, car on ne peut jamais arrêter l’eau. Elle traverse les couches de roche jusqu’aux grottes enfouies au plus profond de la terre. Les mots ont un effet chamanique sur elle, ils la mettent en transe, l’hypnotisent ; puis, lorsque les regards ont achevé de la paralyser, elle les laisse faire ce qu’ils savent faire. Elle les trouve pourtant tous différents, ces garçons-bruns-plus-âgés-aux-yeux-noirs-légèrement-plus-grands-qu’elle. Son trouble se répète avec la prévisibilité d’une formule mathématique. C’est implacable, inexorable, puisqu’elle s’entête à chaque parfum, à chaque peau, à chaque fois elle voit « le bon ». Elle les attire comme une lampe des moustiques. Malgré cela, après quelques tours d’ampoule, les insectes s’en vont, désenvoûtés. Sa lumière attire mais n’accroche pas. Ses yeux ne sont faits que pour les cellules photosensibles des appareils argentiques. La pellicule capture son essence et lui rend son éclat, alors que les garçons qu’elle aime sont des trous noirs d’où ne ressort aucune particule après avoir été absorbée.

Sa robe la gratte. Une étiquette, sans doute. Les filles s’impatientent, trépignent. Daisy devine des regards envieux de son calme qui n’est que désespoir. Les défilés ont commencé, les épreuves se succèdent. Elle écoute son nom, répond aux appels, mais il ne reste plus qu’un automate de chair et d’os. Il n’y a plus d’abonné au numéro que vous avez demandé.

Elle se réveillait parfois au milieu de la nuit. L’angoisse qu’il soit parti. Mais il était là, paisible et innocent. Elle restait éveillée pour le regarder dormir, se retenait de caresser son visage pour ne pas perturber ses traits détendus.
« Où es-tu ? Penses-tu à moi ? »
Ces questions revenaient désormais comme un boomerang aux tranches incrustées de lames de rasoirs étincelantes. Daisy tend la main et celle-ci part en lambeaux, déchiquetée par les souvenirs.

Elle se demande s’il sera là, dans la salle. Tapi dans l’ombre, au dernier rang, attendant son sacre pour se déclarer et la sauver. Lui aussi avait beaucoup promis. Elle avait basculé parce qu’il possédait ses mots ; il ne les empruntait à personne. Lorsqu’il racontait son regard, son cou, ses poignets délicats, elle entendait enfin ce dont parlaient les photographes en regardant ses clichés. Avant lui, elle n’avait jamais vraiment compris ce qu’on lui trouvait. Comme tant de jolies filles, elle n’avait jamais cru en sa beauté, ce qui la rendait évidemment plus magnétique et désirable.

Il lui expliquait les notes, les accords. En l’écoutant, les mélodies prenaient des tournures incroyables, comme une porte entrouverte sur le jour qu’on ouvre brusquement. Inondée de lumière par sa seule présence, il éclairait le monde autour d’eux. Dans ses pas, guitares, tableaux, toiles et sculptures tourbillonnaient, aspirés par son aura.
Cette innocence montre ce soir ses limites, à quelques minutes de la finale, entourée des autres élues. Elle ne voit aucune couleur, n’entend aucune voix, ne ressent aucune anxiété. Un homme la rendait présente au monde, et cet homme n’est pas là.

Elle voudrait dire ces mots qui l’étouffent. Sa gorge sèche semble remplie de branches mortes. Elle voudrait laisser le sang s’échapper de ses plaies ouvertes. Pour que l’hémorragie tarisse. Elle voudrait expurger la bile noire qui englue ses artères. Vomir ce prénom stupide, ce prénom d’enfant de chœur. Planter ses ongles dans son visage angélique, celui qui hante ses nuits. Lui griffer une cicatrice, une balafre, qui colle à lui autant qu’elle s’englue dans les souvenirs.

A la tombée du jour, quand le ciel se couvre de vanille, ils allaient aux mêmes terrasses ombragées. Quelques secondes de pluie mouillaient parfois la terre des parcs et jardins publics, exhalant dans l’air une odeur d’herbe fraîche, d’orage d’été. Elle le regardait en essayant de ne pas se faire remarquer. Des semaines entières passèrent ainsi, ses jupes devenant plus courtes, ses décolletés plus échancrés. La météo la couvrait : l’arrivée de l’été l’autorisait à dévoiler progressivement sa peau sans qu’il ne la prenne pour une fille facile. Un jour, alors qu’elle avait abandonné l’espoir de rencontrer ce garçon qui s’asseyait à dix mètres d’elle tous les soirs, un jour, une connaissance de Daisy est venue dans ce café où elle ne se rendait que rarement. La connaissance a reconnu l’inconnu, lui a fait signe, il est venu. Il a pris la chaise à son côté, et elle a cru devenir rouge tant ses pensées devaient se lire sur son visage. Ce soir-là et beaucoup d’autres après, il n’a regardé qu’elle.

L’animateur s’approche pour annoncer le résultat. Des cris retentissent. Daisy ne pleure pas. Il ne reste plus rien pour ça. Elle se sent comme un coquillage vide abandonné sur une plage. Anéantie. Elle baisse le front pour accepter sa couronne, puis relève la tête. Lorsque le micro se tend vers ses lèvres craquelées par la désertification accélérée de son être, elle prend une grande bouffée d’air. Il lui semble avoir oublier de respirer pendant toute l’émission. Cette fois, c’est à la France de retenir son souffle. On veut savoir à qui elle pense, qui elle souhaite remercier. Après un moment, par habitude, par lassitude, ou par abandon de la dernière parcelle d’amour-propre qui lui reste, elle laisse enfin glisser les syllabes qui pourrissent dans sa gorge depuis des mois : « …Thomas »

Les flashs crépitent, gravent ce sourire de robot qui ira sur les murs de toutes les petites princesses qui rêvent de cette élection. Ce soir, Daisy est la plus belle femme de France.

l'autre temps

Je choisis des morceaux de thon
Rouge comme ta peau au soleil
Mes journées ressemblent à la mer d’ici
Remplies de vagues merveilles

Les lamelles de chair que tu recouvres
D’huile et de parmesan doré
Brillent comme un jour qui s’ouvre
Sur un port abandonné

Entre nous plus de temps
Juste les jeux de nos yeux
Je joue au prince d’Orient
Et tu passes aux aveux

C’était un joli soir de mai
Tu dansais sous le ciel
Les promesses tourbillonnaient
Autour des bleus éternels

22 mai 2007

Mojito


Je ne regarde plus les pages "Voyage"
des hebdomadaires d'information
Ébloui par les voiles blanches qui nagent
A la surface d'abîmes bleues d'attraction

Une fille à mes cotés
Mêle la menthe à la glace pilée
Brûlé par le rhum
J'écorche un bout de citron
Aussi vert que ses yeux
mais beaucoup moins sucré

D'une main assurément hésitante
J'essuie sur sa joue une goutte
de jus du vert citron acidulé
Que mon couteau a fait gicler

Mes lèvres mouillent à présent dans ce port
au nom sud-américain
Ce cocktail est bien trop fort
pour ne pas goûter au sien

17 mai 2007

Rencontre marchande

Elle a dans le regard la fierté teintée de mépris des filles des Balkans ; un sentiment qui transparaît quelle que soit leur occupation : passer des produits devant un faisceau laser ou diriger une équipe de 25 personnes.

Ses yeux gris s'électrisent de stries bleues comme l'eau de quelque port de pêche caché au fin fond de la Croatie. Sa main fine, aux ongles sertis de blanc arrogant, dépose la monnaie dans ma main émue. Sa peau entre en contact avec la mienne et je sens la chaleur de ses doigts tandis qu'elle s'attarde. Ma tête reste baissée sur cette rencontre pudique, trop impressionné pour la regarder dans les yeux. Je n'ose pas, et reste ainsi, interdit, détaillant les veines et les lignes creusées dans cet épiderme délicat.

Puis l'instant de grâce s'écoule et me glisse entre les doigts comme de l'eau fraîche. Je voudrais caresser ses cheveux noirs, plonger dans ses yeux, libérer ma main crispée sur le ticket de caisse pour venir effleurer la naissance de son cou, et aller encore plus loin dans le territoire défendu par son polo blanc au col baillant sagement sur sa poitrine arrogante, pour épouser le contour de ces fruits doux. Je veux voir ses lèvres s'entrouvrir et ses yeux baisser leur garde, mi-clos sous les caresses.

En évaluant mes chances je me souviens qu'aucune fille n'est inaccessible, d'autant plus s'il s'agit d'une jeune caissière de supermarché. Pourtant s'il fut une époque ou les boutiquières pouvait se laisser griser par un vernis de culture et quelques vers impromptus, celle-ci est révolue. Les échecs de l'école républicaine ont laissé des générations de jeunes filles insensibles aux charmes désuets de la courtoisie et de la séduction courtisane. Aujourd'hui, a moins d'une bac+4 blasée et blindée a qui "on ne la fait plus", personne ne comprend plus ces phrases et gestes d'un autre temps. Il vaut mieux agiter les clés du coupé-cabriolet et du loft dans les quartiers chics.

Ces filles ne délaissaient pas seulement la cour des gentilshommes, elles réclamaient de la brutalité verbale, du désintérêt affiché et une "franchise" qui impliquait principalement un abandon des formules romantiques désenchantées. J'avais souvent eu l'occasion de le constater.

13 mai 2007

Mystic Sunday

Le bonheur pourrait être tout simplement : acheter une livre de cerises un dimanche matin. Ou encore : écouter coup sur coup Elisa, Le soleil donne, et Don’t worry be happy. Tout le monde connaît la dernière, mais qui l’écoute réellement ? C’est pourtant une de ces chansons qui fait sourire avec toutes les dents, même en marchant dans la rue avec les gens qui regardent de travers.

Le bonheur, c’est manger un sandwich avec du pain qu’on a été chercher dans la meilleure boulangerie, même s’il a fallu marcher un peu plus. Et avec du jambon de Parme qu’on a ramené soi-même d’Italie. Un morceau de vacances dans l’assiette. Une alliance de l’insouciance, de l’imprévu et de son acceptation permet toutes les folies (comme celle d’être heureux). Une journée ensoleillée n’est pas de trop non plus. Et alors, parfois, on se surprend à cesser de réfléchir, à ne plus s’inquiéter. On parvient même à penser aux femmes sans penser à une en particulier. Ou plutôt : on pense à une fille qui n’existe pas. Une fille pour manger des cerises avec nous, qui nous fasse sourire et que l’on fasse rire. Une fille belle de simplicité, troublante par sa façon involontaire de jouer de son corps et de ses cheveux. Une de ces filles qui se lisent à demi-mot dans tous les romans et toutes les chansons. On en parle à peine, sans trop insister, à la manière de Fitzgerald dans The great Gatsby. Les « Jordan » sont des créatures fugitives, que l’on esquisse de quelques phrases avant qu’elle ne disparaisse, retournant dans l’univers magique où elles dansent jusqu’à l’aube fraîche.

Avoir cette fille ressemblerait au bonheur. Pourtant il est déjà là, dans la solitude calme d’un dimanche de mai, porté par des mélodies lumineuses, des arbres dont l’ombre nous protège, des parcs verts emplis de rires et de silence. Chaque heure libre, chaque moment délivré des interrogations perpétuelles constitue la base d’un état futur, sans doute, peut-être, d’un état d’esprit attendu comme le Messie, une béatitude qui pourrait même faire devenir croyant.

9 mai 2007

absence et écriture

Que les absents aient tort ou raison, là n’est pas la question. Les absents cristallisent l’attention. Le monde est suspendu à leur absence. Au centre de toutes les discussions, leur présence n’est jamais plus vive. Le problème de l’homme provient de son attachement à l’absent, de l’importance qu’il lui donne, sous toutes ses formes : de ce qui n’existe pas jusqu’à ce qui n’est simplement pas là à un moment donné. Nous ne pouvons pas vivre dans l’instant ou accepter ce qui est donné. En partie parce qu’il est plus simple de voir l’herbe plus verte ailleurs, en partie parce qu’il est plus simple de parler de personnes qui ne peuvent pas répondre. Le plaisir de raconter tout et n’importe quoi sur quelqu’un sans risque d’être contredit est grand.

Peut-être est-ce l’un des attraits de l’écriture.

Mais elle n’est pas faite pour n’importe qui. C’est un grand pouvoir. Donc une lourde responsabilité. Beaucoup disent : « écrire ? parfois j’en rêve la nuit ». L’écrivain est plus direct : « écrire ? j’en crève la nuit. »

L’écriture, comme l’amour, se construit dans la douleur. Ecrire revient à foutre des coups de pieds dans le sable en espérant que ça fera un château. C’est de la souffrance, de la passion, de la jubilation, des crises. Moments de silence, d’angoisses, de questions, de libération.

Alors une chose est sûre : ce n’est pas fait pour les « wannabees ». Quelle horreur. Les gens peuvent fantasmer autant qu’ils veulent, l’écrivain génial et branleur n’existe pas. Le branleur, personne ne le connaît, parce qu’il n’a jamais terminé plus de 20 pages, et qu’elles étaient minables.

21 avril 2007

Sebastien Tellier - La dolce vita

Le piège était facile
Tu es tombée dans mes bras

Serge Gainsbourg - La Noyée

Dans la série des grands artistes... SG

Hugo à la plage (extrait du chapitre 10 de "L'attraction des astres")

C’est dans cet état d’esprit curieux que Julien m’a vu débarquer à la plage de la Palmeraie. Ce garçon étant le champion de l’à-propos et des réparties en plusieurs langues, il lui a fallu 2 phrases pour me changer les idées. Nous nous sommes installés sur les matelas mœlleux posés à même le sable, le buste relevé, posé sur nos coudes. Histoire de mater. Ben évidemment, il ne faut pas être hypocrite. Après quelques minutes de mise à niveau mondaine entre lui et moi (qui baise qui, où faut-il sortir en ce moment, comment vont tes parents, etc.), il s’est plongé avec concentration dans la lecture du dernier numéro de Style Inc., un magazine masculin de mode (si, ça existe). Julien se tient au courant de beaucoup de choses, et apporte une attention quasi maniaque à son apparence. C’est aussi pour ça qu’on l’aime : avec une dose réglementaire de folie.

Les oreilles recouvertes de mon casque, j’ai fouillé mon sac à la recherche d’un bout de papier. Le moment semblait parfait pour griffonner quelques brouillons de cartes postales bouffonnes destinées à exaspérer les parisiens coincés dans la grisaille (pléonasme). Mon support était parfait : des vieilles feuilles du boulot. Je n’aime rien tant qu’écrire en dessous de tableaux Excel usagés : cela donne de la valeur à la moindre phrase comportant un sujet et un verbe tant les chiffres à proximité sont insipides.

Je suis heureux, enfin presque. C’est triste de devoir se contenter de ne pas être malheureux : où est-elle la passion, la folie, l’aventure que l’on se promettait enfant, seul dans son lit le soir ? La légèreté et l’inconséquence de la vie étudiante contemporaine commencent à me peser. Je cherche du soleil et j’en trouve sans doute un peu trop souvent. Besoin de reposer mes pupilles fatiguées.

Celle-ci pourrait-elle reposer mes yeux ? C’est le genre de filles qui aiment les mecs bronzés, musclés, avec les cheveux graissés au monoï. Charmant. Elle « mate » le défilé des abdos-minets, ces ados minables, et, entre deux grands sourires de biche écervelée, attend qu’un Brian ou un Kevin vienne la sortir de son ennui de personne vide comme une coquille abandonnée dans le sable. Au moins une bombe que je ne regrette pas et qui se désamorce d’elle-même.

Moi, posé sur mon matelas, je regarde ça de loin. Ça me fait une paire d’yeux en moins à surveiller. Les rayons du soleil lèchent ma peau, le free jazz hip-hop des Roots remue dans mes oreilles, « Datskat ! ». Un vendeur de beignets passe et je remercie le ciel d’avoir pensé à amener ma musique pour me prémunir de ses cris mécaniques. Le pauvre esclave moderne marche, en sueur, un plateau sur le bras. Comme dirait mon père, « c’est toujours mieux que l’usine ». Pas faux.

La journée languit au bord de l’eau d’avril, le rosé va finir par tiédir dans le seau remplit de glaçons fondus. « Malheureux, ce serait un sacrilège ! » me fait remarquer Julien. Nous remplissons donc les verres puis observons, fascinés, la délicate teinte rose translucide qui habite le verre. Je le porte vers le soleil afin de regarder la lumière transperçant la piscine couleur de saphir. Allongés, bercés de notes du groupe qui vient de commencer à jouer des standards pop à la sauce reggae, les lèvres trempées du nectar des dieux, nous sommes au paradis, les maîtres du monde, sur un nuage : bref, la situation est à son optimum au sens de Pareto.

Julien me raconte sa dernière escapade à l’Idylle, l’endroit où il faut être en ce moment, « the place to be » en version originale. Entre deux descriptions futiles de la clientèle sur place, il glisse une observation si pertinente qu’elle frôle les hautes sphères de la compréhension de l’être humain, tout en semblant la soumettre à mon approbation. J’aime Julien car en plus d’être un garçon intelligent et sensible, il a le mérite de tenir mon avis en haute estime. Comme moi, il affectionne le mélange des genres et n’hésite jamais à convoquer un auteur classique pour expliquer une situation des plus superficielles. Il établit des parallèles entre les mondanités et ses lectures, jette des ponts entre des mondes que l’immense majorité des gens tiennent séparés, quand c’est précisément ce type d’attelages curieux qui créé les œuvres les plus passionnantes.

Sa quête de perfectionnement m’inquiète parfois. Ceci dit, elle ne le rend pas plus déséquilibré que ma quête de sens : nos santés mentales sont à peu près sauves. Au moment où je pense ceci, il me tend son biceps pour me faire constater que ses efforts en salle de gym sont payants. Il me faudrait être sacrément hypocrite pour reprocher à mes amis leurs folies quand on connaît la mienne. Je me vois mal réclamer de la normalité.

Un playboy des plages publiques approche de la Palmeraie, en repérage. Son corps luisant d’huile à bronzer ferait de lui un parfait candidat pour miss ingénue au premier rang. Ça ne rate pas : il s’arrête pour lui conter fleurette dans les règles de la jeunesse sms. « Mademoiselle, tu es vraiment trop belle pour être toute seule à la plage. » Le fait qu’il n’ait pas prononcé le mythique « mademoiselle vous êtes charmante » doit suffire à son bonheur : elle rit en se cachant la bouche comme une courtisane aux dents pourries. Curieuse influence de mœurs anciennes sur cette vilaine (personne non issue de la noblesse, j’entends).

Avoir raison est un travail à plein temps, épuisant de surcroît. Il était l’heure pour moi de rejoindre mon hôte, en espérant qu’il avait réglé ses problèmes logistiques avec la mafia commerçante locale.

19 avril 2007

17 avril 2007

J'aime bien tuer les gens. Ça me détend. Je saisis leurs visages sans expression et je les chiffonne dans mes mains délicates. Leurs têtes d'idiots s'affichent soi-disant sans le vouloir dans les pages des magazines. Sans le vouloir. C'est vrai que tu es obligé de prendre tes vacances en août à Saint-Trop' coco.

Folle vie en apparence, alors que tout n'est que faux semblant. La vie des idoles est aussi froide que le papier glacé où elle s'imprime.

Oh, ils tentent bien de prendre un briquet pour faire flamber la page ; mais qui y croirait, à ce feu de paille?

10 avril 2007

Amours passagères

Une femme peut savoir si elle plaît à un homme en observant sa façon d’éviter de la regarder. Dans un train, s’il tourne la tête vers la fenêtre opposée de sa voisine, au lieu de regarder dans la sienne, qui est aussi la plus proche, c’est louche.
S’il penche la tête dans le couloir mais sans regarder devant lui, ou par œillades discrètes, c’est suspect.

La stratégie d’évitement aboutit à une déclaration d’intentions dans des formes irréfutables. Ma voisine, justement, vient de retirer délicatement son pied de sa ballerine noire. Insoutenable torture que les orteils sortant furtivement du soulier ; les femmes ne savent-elles donc pas que c’est une déclaration de guerre ? J’admire la finesse de la cheville, transpire à la vision de la peau tendue et fine. Son sac à main est une grossière contrefaçon et elle a des catalogues de grandes surfaces étalés devant elle : derrière ses grands yeux bleus et ses cheveux encore plus clairs, ce cœur n’est pas à prendre. Elle doit être mariée, ou pas loin, à un mec qui l’ignore (comment en serait-elle amoureuse autrement ?). Je décide de ne perdre mes neurones que quelques instants de plus avec elle avant de trouver une proie mieux adaptée.

Justement, plus bas dans le couloir, une brune ébouriffée détache ses grands cheveux noirs et bouclés en lançant un regard frondeur aux alentours. Comme un galet qui ricoche puis frappe une mouette par accident, les yeux noirs fondent sur moi – par hasard, mais pas par dépit.

L’étudiant dans la rangée à ma droite est penché sur un texte du Times écrit en arial 8, un dictionnaire de poche à portée de main. Ça me déprime pour lui. Cette vision me permet de souffler un instant, car l’Espagnole m’aspire déjà. J’ai entendu sa voix à travers mes écouteurs, décelé les traces ibériques de ses syllabes hachées par les grincements du rail. Elle ressemble à une fille que je n’aime pas (physiquement, s’entend). Si elle s’approche, je lui laisserai pourtant sa chance, ne serait-ce que pour essayer de vaincre l’a priori esthétique forgé à la lumière d’un autre visage. Histoire de se laisser séduire par une fille qui ait plus qu’un prénom de différence avec mes ex, pour changer.

Le problème des jeunes filles d’aujourd’hui, c’est qu’elles connaissent Coldplay (et au mieux Radiohead), mais pas D’Angelo. Ça ne me donne pas de sujet de conversation approprié.

De toute façon, elle voyage avec ses copines, et une fille n’est jamais accessible lorsqu’elle voyage avec ses copines. Aucune fille n’est inaccessible ou intouchable, au demeurant ; il faut cependant savoir saisir le moment de disponibilité. Limitation des échecs garantie.

Donc, à moins d’un appel au viol à peine déguisé, je resterai sagement sur mon siège à regarder le pied droit de ma voisine qui continue à feindre de m’ignorer. Lâche ton mec, jolie blonde, il te trompe sûrement déjà. Tu es trop belle pour être heureuse, surtout sans moi.

Quant à l’espagnole, il fait beau et j’ai un parapluie : impossible de plaire à une fille au sang chaud avec un comportement aussi prévoyant. Encore qu’on sache trouver « mignon » tout ce que l’autre compte de défauts au début. Juste avant de réaliser que les mêmes choses sont en réalité rigoureusement insupportables.

Séduire une fille avec des regards suppose un subtil mélange entre désinvolture et intérêt. Eveiller la curiosité avec détachement, sans passer pour un psychopathe ou un mort de faim. Ai-je réellement envie d’attirer l’attention de la brûlante beauté ? Les espagnoles ne font pas de quartier ; elles peuvent aller à la corrida et réclamer la mise à mort du taureau. Elles arrachent le cœur des hommes et le dévorent à vif car rien n’est sérieux et rien n’est grave dans leur culture – donc tout l’est. Ceci leur donne une maîtrise injuste de leurs sentiments. Je déconseille à quiconque de tomber amoureux d’une amazone ibérique, et, à la limite, même aux espagnols. Personne n’est prêt à chevaucher ça. La plupart des filles qui parlent fort dans les lieux publics le font pour dissimuler (vaine tentative) leur manque de confiance. Pas elles.
Pas elle. Sa voix résonne et brise tous les tabous, son rire se déploie comme une jouissance impudique, une jouissance de femme. Alors qu’elle n’est qu’une fille. Elle ne craint pas l’attention qu’elle attire, à vrai dire, elle s’en fout. C’est ce qui la rend si dangereuse.

Les espagnoles sont du même coup celles qui tombent le plus fort, et elles n’hésiteront pas à vous la couper en cas d’infidélité. Dangereuses qu’on vous dit.

5 avril 2007

27 mars 2007

Je coupe les violettes
De ce jardin d'opérette
Je suis l'exégète
Qui coupe a la machette

Je débite des troncons
En chantant des chansons
Machinalement je dévale
la pente hivernale
Alpiniste original
Délavé au mescal

Trivial alchimiste
En balancier estival
Dévoré par la lueur pale
De la mescaline triste

Tryptique de la Ljubljanica - 1

Le pécheur

L’eau bout dans la rivière
Au bout de ma visière
Je vois le poison dans l’eau

L’eau boue de la rivière
Est ma bouée en hiver
J’envoie les poissons dans le seau

A l’aube où la rivière
Inspire les marabouts
J’époussette la poussière
Qui salit mes genoux

Tryptique de la Ljubljanica - 2

Le noyé

Les eaux de la Ljubljanica
Gèlent au-dessus de moi
Je tape sur le ciel de glace
Les pieds dans le sol de glaise

Du lit de vase le torrent bout
Et chantent les cathares
J’oublie en mangeant un nénuphar
Plus rien à cirer de ce trou

Je crache sur ta figure
Tu jacasses je me biture
Entre deux courants les poissons flottent
Nonchalamment

En coulant dans l’eau froide
Les vêtements collent à ma peau
En aspirant l’oxygène fluide
Je frissonne de bas en haut