26 décembre 2007

Erykah Badu obsession (lyrics from "Green Eyes")

Never knew that love could hurt like this
Never thought I would but I got dissed
Makes me feel so sad and hurt inside
Feel embarrassed so I wanna hide
Silly me I thought your love was true
Change my name to Silly E. Badu
Before I heal it's gonna be a while
I know it's gonna be a while, child

8 décembre 2007

Sweet Bitter Song

Lui

Sur moi partout des feuilles blanches
Et mes yeux dehors sur la nudité des branches
La musique infiltre les poumons
Et de l’Est le soleil arrive comme une chanson

Les rêves des amants sont mort-nés
Ils sont faits pour être brisés
Et si nous mourrons tous que promettre
A part ces jolies phrases dans les lettres
Voir ses erreurs prend du temps
Alors je reviens doucement

Des astres que reste-t-il
Sinon cette poussière sur tes cils
Je voudrais être là pour l’enlever
Assez d’espérer
Je veux t’embrasser

Elle

Partout chez moi des feuilles noires
Et mes yeux sur la neige qui couvre les trottoirs
La musique rebondit sur mes épaules frêles
Et vers l’Ouest s’envole une hirondelle

Les rêves des amants ont été tués
Tu as tout fait pour les briser
Si nous mourrons tous que promettre
Malgré ces jolies phrases dans tes lettres
Voir ses erreurs prend du temps
Mais j’ai compris maintenant

Des astres que reste-t-il
Sinon ces photos au fond d’un carton
Tu es dans ma tête mais tout s’effondre
Assez d’espérer
Je t’ai oublié

3 décembre 2007

Sans Elle

He was thinking about the girl he loved; she wasn’t.

“Where should we meet?” said the dream girl.
“Well”, he replied, “in my mind.”

28 novembre 2007

Pieces (of a man)

Une fille qui traverse la rue en courant pour rejoindre un garçon au volant d’une Renault 5 pourrie est indéniablement amoureuse.
Une fille qui court vers une Bentley Continental GT est également amoureuse. De la voiture.

*

Quand une femme en fait trop dans la démarche, le maquillage, les bijoux, elle est soit Cannoise, soit peu sûre d’elle. Les deux ne sont pas incompatibles.

*

Passé un certain âge, avoir comme seul argument « je t’emmerde » n’est plus acceptable.

*

Voir des filles sublimes est un supplice pour un homme, surtout pour un timide qui se dit qu’il n’aura jamais assez de toute sa vie pour en séduire une seule. Il se réconforte alors en pensant que ces filles mettent également les filles ordinaires à l’agonie, elles qui n’auront jamais cette beauté implacable.

*

Le problème n’est pas que je sois tombé amoureux ce soir, mais plutôt que ce soit arrivé trois fois.

*

Dans une pièce rouge tendue de fils de soie, j’ai vu une déclaration d’amour accrochée au mur et une fille nue, captive d’un bout de tissu bordant sa taille, une apparition nébuleuse débordant du cadre.
*
And I wonder
If you know
What it means
To find your dreams come true

29 octobre 2007

Larmes du crime

Ton insouciance
Je ne veux pas savoir
Ce qui balance
Je ne veux pas le voir
Tu es sur Terre
A l’opposé de moi
Pour te suivre je m’enterre
Tu restes loin de mes bras

Mon cœur trop bas ne bats plus
J’imagine tes yeux mi-clos
Je sais que tu t’en fous
Bercé par d’autres mots
Je voudrais mordre tes rêves
Avaler ton cerveau
Pour que ta vie s’achève
Dans mon ventre chaud

Larmes de crocodiles
Qui perlent sur tes cils
Tu joues la comédie
Je devine ton ennui

J’arracherai plutôt
Des lambeaux de ta peau
Elle est fragile

Et quand tu seras immobile
J’essuierai sans remords
Les larmes du crime

Lumière!

Les filles sont attirées par
Les cons les lâches car
Sans eux rien ne démarre
Une vie au point mort

Lumières rouges vertes blanches et bleues
Sur la piste danses et cries que tu l’aime
Ça ne veut plus rien dire pour moi
J’ai une compréhension limitée
De mon environnement

A force de si bien faire semblant
L’intrigue devient insoluble
J’ai du cambouis plein les mains
Ce moteur ne donnera jamais rien

Elle, éclipse

Eparpillés sur le sol, les cheveux blonds d’un soleil disparu. Le carrelage réfléchit mon visage blanc et froid penché sur les traces capillaires. Une larme coule et frappe la jointure de deux dalles, se répandant autour du carreau lisse où gît un cheveu enroulé. 10H33, le jour importe peu. Les semaines défilent et la liste des indices trahissant son existence rapetisse après avoir semblé interminable.

Nos fantômes ne nous quittent jamais.

Elle a disparu, et je survis dans l’éclipse. J’essaie. « Aimer les gens, c’est vouloir leur bien, c’est aimer les rendre heureux » écrit Sagan. Alors je l’aime. Je l’aime pour le soleil dans son sourire lorsque je lui préparais son petit déjeuner, je l’aime pour le soleil dans ses yeux lorsque je lui écrivais quelques lignes.

J’ai tenté d’envoyer des pages. Des pages entières noircies d’amour et de sanglots. Des lettres mortes.
Elle, absente, moi, l’absinthe.
Vomissements, c’est pudique : je gerbe. 70 degrés d’anis qui remonte la gorge en cramant tout l’œsophage au passage. Je reprends conscience plusieurs heures après, au matin. J’écarte ma tête de cette flaque de désespoir, je tente de me lever. Quand j’y parviens, je nettoie l’horreur de la nuit passée, en attendant de réitérer l’expérience. Je finirais bien par crever, elle l’aura cherché.

J’ai touché le fond, mais il est vaseux : impossible de s’y appuyer pour remonter. Et je me réveille seul.

- As-tu pris le temps de parler au passé ? – Non, j’ai parlé aux passants.

21 octobre 2007

Hugo l'ivre

Toujours se donner une contenance : prendre une pause, boire un verre. Et se souvenir : la fille la plus proche n’est jamais la bonne. Qu’on se le dise. Silences sur une piste de danse. Regards d’un garçon maladroit qui pense que le silence est d’or. D’accord, mais cette monnaie n’a pas cours sur les dancefloors. L’alcool coule dans ses veines et sur le sol. Une sirène emplit la cave souterraine sans larsen, la musique vrille ses tympans et la douleur lui arrache un sourire béat, moine bouddhiste en contemplation de la vaine modernité. Il croise un demeuré ; si le savoir est une arme, lui ne fera pas de victimes. Il croise une femme à aimer ; il dit : « je suppose que tu as un copain, puisque toutes les filles que j’aime en ont un ». Il pense : « ce sont toujours les autres que l’on cherche, jamais moi ». Il aimerait rire, mais le monde se prend trop au sérieux. Il aimerait jouir, mais trop de plastique gaine sa chair gonflée.

Il voudrait dire ce qu’il voit ; il voudrait être ce qu’il croit ; il voudrait boire ce qu’il doit. Mais sa vie est explosée comme un puzzle grandeur nature, celle de la réalité. Les pièces éparpillées refusent de se rassembler, la scène d’ensemble ne permet pas de comprendre l’agencement des éléments.
Connivences d’alcôves
L’alcool aidant
Intelligence dissoute
En bulles rouges et blanches

*****

Allez à la ligne
Dans la dictée de vos vies
Ce soir brûle un signe
Dans une soirée de dépit

Bien des essais et tentatives
Ont parasité nos efforts
Il faut faire et non vouloir
Les manifestations du grand soir

J’ai cru aimer j’ai cru mourir
Rien n’était vrai sinon moi
J’ai cru rêver j’ai cru dormir
Le monde ne pensait pas à moi

********
Tes doigts crispés
Tenaient une cigarette
La fumée jouait
Tu te cachais, coquette

Le dos courbé
L’échine rompue de mort
La vie s’abattait
Tu regardais dehors

******

On ne se parle pas
Car c’est mieux comme ça
Quand je t’embrasse dans le noir
Nos yeux sont des miroirs

Mais le mouvement des vagues
Dépasse tous les vers
Dans les reflets noirs et verts
Dieu se tient caché

************

Il faut savoir accepter
Les règles des sangs mêlés
O comme j’ai participé
A leurs jeux décérébrés

Elle appelait tous azimuts
Pensant retarder l’échéance
Mais rien n’est plus décadent
Que d’accepter la déchéance

17 septembre 2007

Comme un gant sur l’étrier
Une main sur le collier
Glacé
Faire peser le poids des années
Sur une seule pensée
Pour une petite fille
Apeurée

Car dans ta bouche résonne mon passé
Et au fond de tes yeux brille mon avenir

Je ne me débarrasse d’une obsession qu’au prix d’une autre
Mais cette fois la piscine n’a pas de fond
Je cours vers mon passé je l’invente j’y remonte
Il ne reste rien, c’est plus qu’il n’en faut

Morceaux éphémères

Elle marche dans l’écurie en passant la main dans la lumière qui semble palpable, remplie des poussières de paille flottant dans le manège. Il la regarde quelques pas en arrière, silencieusement, comme dans un temple. Elle est ici mais ailleurs, dans ce moment autant que dans le passé. Classique jusqu’aux branches de ses lunettes d’écailles noires, sa seule fantaisie vestimentaire se cache sur une étiquette aux caractères fluo et désordonnées, que l’on voit par transparence dans le col de son polo clair. Son air sévère est réservé aux inconnus, lui voit les larmes sur ses joues lorsqu’elle caresse la jument de son enfance.

Les gens qui se donnent la peine d’oublier y parviennent. Il n’est plus pour elle qu’un numéro sur une liste d’attente sans fin. Cette atmosphère diffuse une prémonition du passé. Peut-être les dimensions s’emmêlent-elles sans fin, temporalités disloquées et âmes partagées en clones parallèles. Sans doute est-ce pour cela qu’il la voit chaque jour dans d’autres femmes, encore davantage depuis leur séparation. Ses cheveux ou ses yeux ou ses seins ou ses jambes le hantent, plantées dans des dizaines de corps comme autant de virus sans vaccin. Ces bouts de peau, ces membres épars habitent les autres pendant un instant, morceaux éphémères d’absolu versés au dossier d’un procès perdu depuis sa naissance. Il reconstitue son corps en prenant les parties ressemblantes dans celles autour de lui, Sisyphe boucher et sensuel. Il veut posséder toutes celles qui lui ressemblent, pour jouir par procuration, pour souiller d’autres lèvres que les siennes, par vengeance stérile. Il refuse de connaître ces filles après être passé entre leurs draps, il refuse de tomber amoureux de vagues copies de l’Autre.

Transaction sentimentale, il marchande des souvenirs de chair dorée contre des phrases empruntées. En baisant une poupée à la fragilité feinte, il retrouve les chevilles de l’Autre. En embrassant une brune fatale au parfum ambré, il effleure la cambrure de celle qu’il a perdue. Les caresses déposées au creux de ses épaules par des mèches de cheveux clairs le font frissonner de plaisir et pleurer de désespoir. Le pathos fait baisser les yeux, devant ses pensées occupées par une Absente, les langues alentours s’engourdissent. Le silence se fait. Il s’oublie dans le corps de ces filles dispensables, il perd sa vitalité pour accélérer sa fin.

6 septembre 2007

J’ai la tête qui tourne et l’estomac aussi
Quand je pense à toi tout le jour et toute la nuit
De l’eau-de-vie brûlante qui coule dans mes veines
Tu es la source qui jamais ne tarit

Pour m’endormir j’imagine ta peau
Et je respire dans ton cou
Les draps sont froids tant pis
Nos souvenirs me tiennent compagnie

28 août 2007

The West Wing - 20 Hours In America

The West Wing - 20 Hours in America (season 4)

This is my all-time favorite moment in the history of television shows. After a pipe bomb exploded at a university swimming pool during a polo game, killing 44 people, President Bartlet gives a speech at a diner that night :

More than anytime in recent history America's destiny is not of our own choosing. We did not seek nor did we provoke an assault on our freedoms and our way of life. We did not expect nor did we invite a confrontation with evil. Yet the true measure of a people's strength is how they rise to master that moment when it does arrive.
Forty-four people were killed a couple hours ago at Kennison State University; three swimmers from the men's team were killed and two others are in critical condition, when after having heard the explosion from their practice facility they ran into the fire to help get people out... Ran into the fire.
The streets of heaven are too crowded with angels tonight. They are our students and our teachers and our parents and our friends. The streets of heaven are too crowded with angels, but every time we think we've measured our capacity to meet a challenge, we look up and we're reminded that that capacity may well be limitless. This is a time for American heroes. We will do what is hard. We will achieve what is great. This is a time for American heroes and we reach for the stars.

25 août 2007

Comment avoir envie d'écrire avec autant de papier et d'encre à sa disposition? Comment se passer de frustration? Comment inventer des sentiments alors qu'ils vous rongent le ventre?

15 juillet 2007

Nouvelle pause dans le roman : mes 7 révélations perso

Ayant été tagué par Mégane, je me prends au jeu (partiellement) : voici mes 7 confessions, 7 choses sur moi (Julien) que personne (ou presque) ne sait. Et si je ne taguerai pas 7 autres personnes, je recommande cet exercice qui donne le vertige...

1) La première fille dont j'ai été ''amoureux'' s'appelait Anne. Nous étions en maternelle ensemble à Mandelieu la Napoule.
2) En écrivant le 1) je me suis rendu compte que je n'avais pas pensé à cela depuis longtemps, et je me demande quelle influence cela peut avoir sur mon obsession pour ce prénom.
3) Ma première ''fiancée'' s'appelait Marine. Elle m’a « largué » un matin en voyant que je m’étais fait couper les cheveux courts (ce que ma mère et mon beau-père m’avaient obligé à faire cette année-là, j’avais 8 ans).
4) Je me souviens de l’enterrement de mon oncle Pepino, à Milan. Je me souviens de le voir dans le cercueil, et je me souviens de l’odeur des fleurs. Je devais avoir 4 ans. Depuis, quand je sens cette odeur, je pense à cette scène. Je crois que personne ne le sait.
5) J’aime quand les gens me disent que je ressemble à ma mère. Au-delà de la fierté (je la trouve belle), j’aime me sentir connecté et rattaché à elle aux yeux du monde.
6) J’ai pleuré pendant tout un après-midi, vers l’âge de 4 ans, lorsque j’ai réalisé qu’un jour j’allais mourir.
7) J’ai menti un nombre incalculable de fois lorsque j’étais enfant. Depuis quelques années je mens moins : ca ne m’intéresse plus (exemple : mes 7 révélations sont vraies). Effet secondaire : ce manque d’énergie pour le mensonge m’a couté un certain nombre de potes ou même d’amis.

11 juillet 2007

Un essai en anglais

I was convinced sex was useless. Convinced well after I had tried it. I had heard about it, seen it and done it, and it still seemed pretty fucking pointless.

Sex is yet another mean of power. The last solution to get the elite to conform to the rules of the past. The last way of keeping control over anyone between 15 and 55.

Having a brain won't get you anywhere unless you have money, fame or musical talent (yes, rock stars as dumb as fuck still get laid every single night and therefore rule the 21st century much as they did the previous one).

The night is cold as a winter in a ski resort, a morning after 5. Don't blame it on anyone though – global warming has nothing to do with July nights feeling like November. I could have gone as far as to accuse Pete Doherty or countless idiots to chill the night with their empty hearts flushing down what was left of humanity, but it is late and my vodka bottle dried out.

Waving goodbye at a bus full of Japanese women, my friend Jack forgot Maxine, if only for a moment. There it was, in the birth of a bright autumn day in summer: the beginning of what was to be known as the end.

Many clubs resonated with emptiness. A girl next to me might have used the word shallow, but I think this was another illusion. Shiny blond hair teenagers danced in the twilight zone. “Earth to your brain, is anyone home?” I hit on a skull nearby, to make sure something was in it: the wooden noise of the cranial structure reminded me of how stubborn people can get, no matter what hangs (or not) between their legs.

A four-legged flying monster was heading towards our innocent group. It had a nose about half the size of its body, hanging down and then rising up as our skin became closer to it. Mosquito bites are the plague of outdoor clubs. What am I paying my government for? Fighting against terrorism? I think not. I am electing assholes to get rid of those flying blood-suckers. When will you spray some pesticide over the Seine? Incompetents. I remember they use to do it in Belgrade before we erased it from the maps. No one died from lung cancer there, mind you. Anyway, we’re all living in cancer, so we might as well develop one for a good reason. My being comfortable is one. Besides, who knows when the next nuke will strike.

27 juin 2007

Valentine

Valentine
Le temps s'oxyde sur des dalles en argent
Au cœur des places qu'haranguent les commerçants

Valentine
Tu me plais mais sais-tu qui je suis
Ton visage mou se modèle sur la physionomie
De l’idéal retrouvé sous la couche des années

Valentine
Quelques années de plus et il aurait fallu bondir
Vers ton passé privé de mes conseils avisés
J’aurais du voyager Dans l’avant pour te construire
A l’image de mes rêves pixellisés

Valentine tu as 15 ans c’est ton serment

Des étoiles décorent ta chambre tu me vouvoies
Les femmes aimantent et mentent leurs gestes aimants

Je t’ai capturé avant les garçons craintifs
Ma première banderille fera de toi un taureau sanguinolent
A même de m’achever sans un souffle d’effroi

19 juin 2007

A lire absolument


Ce n'est pas parce que c'est un ami qui l'a écrit que je le dis : Claire Obscure est un excellent roman, une de ces oeuvres rares dont chaque phrase est "signée" et marque l'immanquable patte de son auteur, Philippe Pilato.


Autre raison de soutenir ce livre : il est auto-publié et disponible sur le site Lulu.com, qui jouera je l'espère un rôle très important dans le développement littéraire des prochaines années. La page de Phil sur Lulu

Plonge dans ce livre cher visiteur, tu ne seras pas déçu! Ce journal d'une disparition amoureuse t'emmèneras des ruelles de Nice jusqu'au fond du Kirghistan, à la poursuite d'une femme partie sans laisser de traces.

p.s. : retrouve-moi bientôt sur le site en question, pour la sortie de L'attraction des astres, mon premier roman.

2 juin 2007

Fragments de Moleskine

Au bord du flot de circulation de Rivoli il y a : des vitrines de mode mondialisées, des échoppes à touriste dont la quincaillerie déborde sur les trottoirs, des bâtiments centenaires protégeant des trésors de l’antiquité et de l’Ancien Régime, des chaises métalliques où l’on peut s’asseoir pour boire un café à 3 euros.

Parfois la vie a un gros cul serré dans un jean Gucci à 1300 euros. D’autres fois, c’est un charmant fessier mis en valeur par l’évidence d’un pantalon noir Zara à 39 euros 90. On peut nager dans les liquidités et s’imaginer malheureux, et être nu comme un actionnaire d’Euro Disney mais heureux. L’essentiel des états d’âme provient effectivement de l’esprit, comme le nom l’indique, ce qui explique les quarantenaires riches et dépressifs d’Europe de l’Ouest, et les habitants de pays ruinés par des décennies de guerre qui se déclarent pourtant optimistes sur l’avenir (alors que nous savons tous que rien ne changera dans leur vie).

*****

Le monde extérieur m’a toujours semblé plus attirant lorsque j’étais enfermé. Depuis le cours primaire jusqu’à mes bureaux d’entreprises cotées en bourse, j’ai toujours passé le plus clair de mon temps à regarder par la fenêtre. Ce qui se passe dehors (les branches des arbres qui se balancent, les voitures qui s’arrêtent au feu rouge, les passants poursuivis par des pigeons kamikazes) paraît plus excitant et magique quand on en est séparé par une vitre.
Lorsque mes journées sont libres, la porte semble toujours trop loin pour la franchir. Je reste chez moi, car l’extérieur ne m’intéresse plus. D’où la signification hautement philosophique de la chanson de Claude François « le lundi au soleil ». Effectivement, on ne l’aura jamais. Car lorsque l’on peut l’avoir, il ne nous intéresse pas. Comme tant d’autres choses…

*****

L’essentiel de la matière est constituée du vide entre le noyau des atomes et les particules qui gravitent autour de ceux-ci. Ce que l’on nomme matière, la substance du monde visible et invisible, est en fait du vide animé. Du néant agitant d’infimes molécules pour remplir l’espace. Le monde est vibration.

L’analogie avec les relations humaines apparaît suffisamment évidente pour ne pas s’y attarder. Ce sont les silences qui créent les liens entre les être humains, pas les conversations. Et ceci aussi bien en amour qu’en amitié. L’aisance dans le silence emplit l’espace, le silence fait vibrer les particules autour de personnes qui se rapprochent imperceptiblement. Dès lors, comment s’étonner de la fragilité de ces histoires ? Un humain n’est pas un neutron, prévisible et lié à jamais à son orbite autour du noyau. Le vide n’est pas stable dans le monde que nous avons créé.

*****

Triste vérité : nous n’appartenons jamais à personne, et personne ne nous appartiendra jamais. Il serait pourtant si confortable de se transformer en chose, en objet sur lequel le propriétaire fait valoir ses droits sans hésitation : nous n’aurions plus à réfléchir, à hésiter, à s’inventer des « histoires d’amour et d’amitié ». Réduits à des choses, prisonniers consentants, nous serions enfin libres.

*****

Le crissement des gravillons rythme la promenade à travers les jardins impériaux. A notre gauche, deux groupes d’adolescents : garçons d’un côté et filles de l’autre. Avoir 14 ans procure des avantages certains.

Le silence est la plus belle des voix. Il s’accorde à mes pas. J’ai la démarche nonchalante des princes d’orient : mon pas lourd et lent est contrebalancé par la légèreté de mes épaules qui fendent l’air comme deux cimeterres effilés.

Créer le trouble chez une fille est relativement simple : il suffit de marcher derrière elle, un pas à côté, de sorte à faire partie de son champ de vision sans y être vraiment. Ainsi elle se sent observée sans pouvoir le savoir avec certitude, ce qui l’amène à se demander si tel est le cas, et surtout pourquoi est-ce que cela l’intéresse en fin de compte.

*****

A force de boire, j’allais développer un « tennis elbow ». Je me demandais s’il y avait de l’alcool dans ce cocktail, et en effet c’était le cas, puisque les bambous recouvrant les murs du restaurant devenaient soudain flous et animés d’un mouvement qui aurait été naturel sous l’effet du vent mais semblait suspect dans l’enceinte confinée.

La salle agitée berçait mon cerveau abreuvé de syllabes multilingues. Je regardais les gens sans savoir ce que je pensais d’eux. Entre deux gorgées de mojito, l’alcool remplaçant mon sang et celui-ci migrant dans mes yeux devenus rouges, je remarque une fille moins ordinaire que les autres à quelques pas de moi. Le monde autour de moi s’illumine progressivement, au rythme du battement de ses cils. Elle entend le soupir de l’homme assis juste à côté d’elle. L’alcool, toujours lui, a libéré d’un coup la frustration d’un amoureux secret dans un souffle bruyant, seule réaction possible à l’impuissance ressentie face à l’emprise d’un songe à forme humaine.

En observant cette créature, je réalise que son pouvoir de séduction remonte certainement à plus loin qu’elle ne puisse s’en souvenir. Elle a toujours senti les regards se tourner vers elle, sans jamais parfaitement comprendre quel particularité de son visage créait cette attirance, cette attraction. Pour elle, c’est davantage un état de fait qu’une fierté ou un étonnement. Elle plait, voilà tout.

Cela ne l’empêche pas d’avoir du mal à croire les rares hommes qui osent le lui dire (c’est-à-dire les pires, puisque les timides et les sincères restent prisonniers de leurs soupirs de frustration).

*****

Non contents d’être gras et laids, les Allemands sont en plus mal sapés (Hugo Boss revient de loin). Le régime saucisse/bière n’apporte ni finesse ni élégance. L’Allemand reste frustre, grossier et paysan même au cœur d’un Berlin racé et audacieux. La concentration démographique urbaine n’a pas eu raison d’une mentalité de taverne moyenâgeuse assez pénible sans le secours d’une choppe du schnaps local. Le raffinement de ce pays était mort aux premiers cris des officiers de la Wehrmacht, comme l’avait déploré Nietzsche (que l’on eut le mauvais goût de travestir après sa mort en héraut du national socialisme).

En France, l’élégance avait succombé dès le premier numéro de Voici, ou peut-être bien avant. Nulle part ne subsiste une « belle société » : les héritières dégénérées donnent le ton d’un monde sans courtoisie, sans grâce, sans esprit. La vulgarité décomplexée mène la danse, et les belles âmes marquent le pas.

31 mai 2007

Electric Relaxation

A Tribe Called Quest à son niveau habituel : le top.
THIS is rap! Enjoy

24 mai 2007

Dizzy Daisy Nepsy

Daisy Nepsy fixe l’objectif, s’imagine dans la chambre noire. L’éclair jaillit de l’appareil et immortalise ce moment historique. Ce soir, Daisy est…

Quelques heures plus tôt, assise sur le marbre de la douche d’un hôtel sans âme, elle fixe le vide. L’eau tombe comme une punition, elle sent les gouttes qui frappent ses épaules et ses seins. Son regard perdu dans le vague fait sauter ses idées comme un compact disque rayé. Elle répète sans cesse les mêmes syllabes. La première sonorité est sèche, écorche ses lèvres. La seconde adoucit sa voix, car c’est également la première syllabe qu’elle ait prononcée. « Ma… ». Elle gît dans cette douche brûlante depuis aussi longtemps qu’elle puisse se souvenir. Tout le monde semblait l’aimer avant qu’elle n’entre dans cette salle de bain. Le monde tournait enfin autour d’elle, pour une fois. Mais qu’importe le monde s’il n’est pas là.

Ses mains dessinent sur la buée du miroir. Machinalement, les doigts fins commencent l’esquisse d’une croix. Initiale d’un prénom qui a le pouvoir de la clouer au sol, sous l’eau brûlante, pendant des minutes insaisissables. Autour d’elle, on ne s’inquiète pas. Deux jeunes filles papillonnent devant la glace, fouillent dans des trousses de maquillages étalées sur le lavabo. Elles ne parlent plus : tout se joue ce soir.
Pour Daisy, les dés sont lancés depuis longtemps.

Elle ouvre le clapet de son téléphone portable. Aucun appel, aucun message. Malgré les photos, les interviews et les soirées de représentations, il n’a pas appelé. En revanche, des Thibault Benoît Pierre Alexis Maxime Michaël à la pelle. Tous sauf un. Etre promise à une gloire aussi éphémère que les pages glacées des magazines ne console pas mademoiselle.

Tomber amoureuse de lui…c’était comme…respirer pour la première fois…

- Daisy, tu me prêtes ton sèche-cheveux ? Le mien m’a lâché !
- Tu devrais commencer à te préparer Daisy !

Alors, de la même façon qu’elle se démaquille en rentrant d’une soirée, aussi mécaniquement, Daisy obéit et exécute le rituel. Etaler la fondation, faire pénétrer uniformément. Répartir le fond de teint, surveiller les zones brillantes. Blush sur les pommettes. Eye-liner. Mascara. Gloss. Pendant quelques instants, elle oublie la personne derrière le masque de poupée. Des secondes suspendues durant lesquelles elle pourrait être une de ces filles. N’importe laquelle. Une de celles qui ne tombent pas. Une de celles qui se contentent des cours d’admirateurs. Une de celles qui savent se refuser pour mieux dominer.

Elle avait pourtant été l’une d’entre elles. Mais une erreur entraîne toutes les autres, n’est-ce pas ? Si elle avait su…Elle n’aurait pas suivi ce premier garçon aux yeux vifs, près de la rivière. N’aurait pas écouté ses mots récités à tant d’autres avant elle. N’aurait pas laissé son cœur en vitrine comme un trophée convoité par des cambrioleurs peu gentlemen. L’effet domino l’avait fait rebondir depuis cette faute originelle jusqu’à lui. Les mots flottent autour d’elle, coulent dans ses oreilles, s’insinuent en elle, car on ne peut jamais arrêter l’eau. Elle traverse les couches de roche jusqu’aux grottes enfouies au plus profond de la terre. Les mots ont un effet chamanique sur elle, ils la mettent en transe, l’hypnotisent ; puis, lorsque les regards ont achevé de la paralyser, elle les laisse faire ce qu’ils savent faire. Elle les trouve pourtant tous différents, ces garçons-bruns-plus-âgés-aux-yeux-noirs-légèrement-plus-grands-qu’elle. Son trouble se répète avec la prévisibilité d’une formule mathématique. C’est implacable, inexorable, puisqu’elle s’entête à chaque parfum, à chaque peau, à chaque fois elle voit « le bon ». Elle les attire comme une lampe des moustiques. Malgré cela, après quelques tours d’ampoule, les insectes s’en vont, désenvoûtés. Sa lumière attire mais n’accroche pas. Ses yeux ne sont faits que pour les cellules photosensibles des appareils argentiques. La pellicule capture son essence et lui rend son éclat, alors que les garçons qu’elle aime sont des trous noirs d’où ne ressort aucune particule après avoir été absorbée.

Sa robe la gratte. Une étiquette, sans doute. Les filles s’impatientent, trépignent. Daisy devine des regards envieux de son calme qui n’est que désespoir. Les défilés ont commencé, les épreuves se succèdent. Elle écoute son nom, répond aux appels, mais il ne reste plus qu’un automate de chair et d’os. Il n’y a plus d’abonné au numéro que vous avez demandé.

Elle se réveillait parfois au milieu de la nuit. L’angoisse qu’il soit parti. Mais il était là, paisible et innocent. Elle restait éveillée pour le regarder dormir, se retenait de caresser son visage pour ne pas perturber ses traits détendus.
« Où es-tu ? Penses-tu à moi ? »
Ces questions revenaient désormais comme un boomerang aux tranches incrustées de lames de rasoirs étincelantes. Daisy tend la main et celle-ci part en lambeaux, déchiquetée par les souvenirs.

Elle se demande s’il sera là, dans la salle. Tapi dans l’ombre, au dernier rang, attendant son sacre pour se déclarer et la sauver. Lui aussi avait beaucoup promis. Elle avait basculé parce qu’il possédait ses mots ; il ne les empruntait à personne. Lorsqu’il racontait son regard, son cou, ses poignets délicats, elle entendait enfin ce dont parlaient les photographes en regardant ses clichés. Avant lui, elle n’avait jamais vraiment compris ce qu’on lui trouvait. Comme tant de jolies filles, elle n’avait jamais cru en sa beauté, ce qui la rendait évidemment plus magnétique et désirable.

Il lui expliquait les notes, les accords. En l’écoutant, les mélodies prenaient des tournures incroyables, comme une porte entrouverte sur le jour qu’on ouvre brusquement. Inondée de lumière par sa seule présence, il éclairait le monde autour d’eux. Dans ses pas, guitares, tableaux, toiles et sculptures tourbillonnaient, aspirés par son aura.
Cette innocence montre ce soir ses limites, à quelques minutes de la finale, entourée des autres élues. Elle ne voit aucune couleur, n’entend aucune voix, ne ressent aucune anxiété. Un homme la rendait présente au monde, et cet homme n’est pas là.

Elle voudrait dire ces mots qui l’étouffent. Sa gorge sèche semble remplie de branches mortes. Elle voudrait laisser le sang s’échapper de ses plaies ouvertes. Pour que l’hémorragie tarisse. Elle voudrait expurger la bile noire qui englue ses artères. Vomir ce prénom stupide, ce prénom d’enfant de chœur. Planter ses ongles dans son visage angélique, celui qui hante ses nuits. Lui griffer une cicatrice, une balafre, qui colle à lui autant qu’elle s’englue dans les souvenirs.

A la tombée du jour, quand le ciel se couvre de vanille, ils allaient aux mêmes terrasses ombragées. Quelques secondes de pluie mouillaient parfois la terre des parcs et jardins publics, exhalant dans l’air une odeur d’herbe fraîche, d’orage d’été. Elle le regardait en essayant de ne pas se faire remarquer. Des semaines entières passèrent ainsi, ses jupes devenant plus courtes, ses décolletés plus échancrés. La météo la couvrait : l’arrivée de l’été l’autorisait à dévoiler progressivement sa peau sans qu’il ne la prenne pour une fille facile. Un jour, alors qu’elle avait abandonné l’espoir de rencontrer ce garçon qui s’asseyait à dix mètres d’elle tous les soirs, un jour, une connaissance de Daisy est venue dans ce café où elle ne se rendait que rarement. La connaissance a reconnu l’inconnu, lui a fait signe, il est venu. Il a pris la chaise à son côté, et elle a cru devenir rouge tant ses pensées devaient se lire sur son visage. Ce soir-là et beaucoup d’autres après, il n’a regardé qu’elle.

L’animateur s’approche pour annoncer le résultat. Des cris retentissent. Daisy ne pleure pas. Il ne reste plus rien pour ça. Elle se sent comme un coquillage vide abandonné sur une plage. Anéantie. Elle baisse le front pour accepter sa couronne, puis relève la tête. Lorsque le micro se tend vers ses lèvres craquelées par la désertification accélérée de son être, elle prend une grande bouffée d’air. Il lui semble avoir oublier de respirer pendant toute l’émission. Cette fois, c’est à la France de retenir son souffle. On veut savoir à qui elle pense, qui elle souhaite remercier. Après un moment, par habitude, par lassitude, ou par abandon de la dernière parcelle d’amour-propre qui lui reste, elle laisse enfin glisser les syllabes qui pourrissent dans sa gorge depuis des mois : « …Thomas »

Les flashs crépitent, gravent ce sourire de robot qui ira sur les murs de toutes les petites princesses qui rêvent de cette élection. Ce soir, Daisy est la plus belle femme de France.

l'autre temps

Je choisis des morceaux de thon
Rouge comme ta peau au soleil
Mes journées ressemblent à la mer d’ici
Remplies de vagues merveilles

Les lamelles de chair que tu recouvres
D’huile et de parmesan doré
Brillent comme un jour qui s’ouvre
Sur un port abandonné

Entre nous plus de temps
Juste les jeux de nos yeux
Je joue au prince d’Orient
Et tu passes aux aveux

C’était un joli soir de mai
Tu dansais sous le ciel
Les promesses tourbillonnaient
Autour des bleus éternels

22 mai 2007

Mojito


Je ne regarde plus les pages "Voyage"
des hebdomadaires d'information
Ébloui par les voiles blanches qui nagent
A la surface d'abîmes bleues d'attraction

Une fille à mes cotés
Mêle la menthe à la glace pilée
Brûlé par le rhum
J'écorche un bout de citron
Aussi vert que ses yeux
mais beaucoup moins sucré

D'une main assurément hésitante
J'essuie sur sa joue une goutte
de jus du vert citron acidulé
Que mon couteau a fait gicler

Mes lèvres mouillent à présent dans ce port
au nom sud-américain
Ce cocktail est bien trop fort
pour ne pas goûter au sien

17 mai 2007

Rencontre marchande

Elle a dans le regard la fierté teintée de mépris des filles des Balkans ; un sentiment qui transparaît quelle que soit leur occupation : passer des produits devant un faisceau laser ou diriger une équipe de 25 personnes.

Ses yeux gris s'électrisent de stries bleues comme l'eau de quelque port de pêche caché au fin fond de la Croatie. Sa main fine, aux ongles sertis de blanc arrogant, dépose la monnaie dans ma main émue. Sa peau entre en contact avec la mienne et je sens la chaleur de ses doigts tandis qu'elle s'attarde. Ma tête reste baissée sur cette rencontre pudique, trop impressionné pour la regarder dans les yeux. Je n'ose pas, et reste ainsi, interdit, détaillant les veines et les lignes creusées dans cet épiderme délicat.

Puis l'instant de grâce s'écoule et me glisse entre les doigts comme de l'eau fraîche. Je voudrais caresser ses cheveux noirs, plonger dans ses yeux, libérer ma main crispée sur le ticket de caisse pour venir effleurer la naissance de son cou, et aller encore plus loin dans le territoire défendu par son polo blanc au col baillant sagement sur sa poitrine arrogante, pour épouser le contour de ces fruits doux. Je veux voir ses lèvres s'entrouvrir et ses yeux baisser leur garde, mi-clos sous les caresses.

En évaluant mes chances je me souviens qu'aucune fille n'est inaccessible, d'autant plus s'il s'agit d'une jeune caissière de supermarché. Pourtant s'il fut une époque ou les boutiquières pouvait se laisser griser par un vernis de culture et quelques vers impromptus, celle-ci est révolue. Les échecs de l'école républicaine ont laissé des générations de jeunes filles insensibles aux charmes désuets de la courtoisie et de la séduction courtisane. Aujourd'hui, a moins d'une bac+4 blasée et blindée a qui "on ne la fait plus", personne ne comprend plus ces phrases et gestes d'un autre temps. Il vaut mieux agiter les clés du coupé-cabriolet et du loft dans les quartiers chics.

Ces filles ne délaissaient pas seulement la cour des gentilshommes, elles réclamaient de la brutalité verbale, du désintérêt affiché et une "franchise" qui impliquait principalement un abandon des formules romantiques désenchantées. J'avais souvent eu l'occasion de le constater.

13 mai 2007

Mystic Sunday

Le bonheur pourrait être tout simplement : acheter une livre de cerises un dimanche matin. Ou encore : écouter coup sur coup Elisa, Le soleil donne, et Don’t worry be happy. Tout le monde connaît la dernière, mais qui l’écoute réellement ? C’est pourtant une de ces chansons qui fait sourire avec toutes les dents, même en marchant dans la rue avec les gens qui regardent de travers.

Le bonheur, c’est manger un sandwich avec du pain qu’on a été chercher dans la meilleure boulangerie, même s’il a fallu marcher un peu plus. Et avec du jambon de Parme qu’on a ramené soi-même d’Italie. Un morceau de vacances dans l’assiette. Une alliance de l’insouciance, de l’imprévu et de son acceptation permet toutes les folies (comme celle d’être heureux). Une journée ensoleillée n’est pas de trop non plus. Et alors, parfois, on se surprend à cesser de réfléchir, à ne plus s’inquiéter. On parvient même à penser aux femmes sans penser à une en particulier. Ou plutôt : on pense à une fille qui n’existe pas. Une fille pour manger des cerises avec nous, qui nous fasse sourire et que l’on fasse rire. Une fille belle de simplicité, troublante par sa façon involontaire de jouer de son corps et de ses cheveux. Une de ces filles qui se lisent à demi-mot dans tous les romans et toutes les chansons. On en parle à peine, sans trop insister, à la manière de Fitzgerald dans The great Gatsby. Les « Jordan » sont des créatures fugitives, que l’on esquisse de quelques phrases avant qu’elle ne disparaisse, retournant dans l’univers magique où elles dansent jusqu’à l’aube fraîche.

Avoir cette fille ressemblerait au bonheur. Pourtant il est déjà là, dans la solitude calme d’un dimanche de mai, porté par des mélodies lumineuses, des arbres dont l’ombre nous protège, des parcs verts emplis de rires et de silence. Chaque heure libre, chaque moment délivré des interrogations perpétuelles constitue la base d’un état futur, sans doute, peut-être, d’un état d’esprit attendu comme le Messie, une béatitude qui pourrait même faire devenir croyant.