The Neptunes
15 avril 2007
10 avril 2007
Amours passagères
S’il penche la tête dans le couloir mais sans regarder devant lui, ou par œillades discrètes, c’est suspect.
La stratégie d’évitement aboutit à une déclaration d’intentions dans des formes irréfutables. Ma voisine, justement, vient de retirer délicatement son pied de sa ballerine noire. Insoutenable torture que les orteils sortant furtivement du soulier ; les femmes ne savent-elles donc pas que c’est une déclaration de guerre ? J’admire la finesse de la cheville, transpire à la vision de la peau tendue et fine. Son sac à main est une grossière contrefaçon et elle a des catalogues de grandes surfaces étalés devant elle : derrière ses grands yeux bleus et ses cheveux encore plus clairs, ce cœur n’est pas à prendre. Elle doit être mariée, ou pas loin, à un mec qui l’ignore (comment en serait-elle amoureuse autrement ?). Je décide de ne perdre mes neurones que quelques instants de plus avec elle avant de trouver une proie mieux adaptée.
Justement, plus bas dans le couloir, une brune ébouriffée détache ses grands cheveux noirs et bouclés en lançant un regard frondeur aux alentours. Comme un galet qui ricoche puis frappe une mouette par accident, les yeux noirs fondent sur moi – par hasard, mais pas par dépit.
L’étudiant dans la rangée à ma droite est penché sur un texte du Times écrit en arial 8, un dictionnaire de poche à portée de main. Ça me déprime pour lui. Cette vision me permet de souffler un instant, car l’Espagnole m’aspire déjà. J’ai entendu sa voix à travers mes écouteurs, décelé les traces ibériques de ses syllabes hachées par les grincements du rail. Elle ressemble à une fille que je n’aime pas (physiquement, s’entend). Si elle s’approche, je lui laisserai pourtant sa chance, ne serait-ce que pour essayer de vaincre l’a priori esthétique forgé à la lumière d’un autre visage. Histoire de se laisser séduire par une fille qui ait plus qu’un prénom de différence avec mes ex, pour changer.
Le problème des jeunes filles d’aujourd’hui, c’est qu’elles connaissent Coldplay (et au mieux Radiohead), mais pas D’Angelo. Ça ne me donne pas de sujet de conversation approprié.
De toute façon, elle voyage avec ses copines, et une fille n’est jamais accessible lorsqu’elle voyage avec ses copines. Aucune fille n’est inaccessible ou intouchable, au demeurant ; il faut cependant savoir saisir le moment de disponibilité. Limitation des échecs garantie.
Donc, à moins d’un appel au viol à peine déguisé, je resterai sagement sur mon siège à regarder le pied droit de ma voisine qui continue à feindre de m’ignorer. Lâche ton mec, jolie blonde, il te trompe sûrement déjà. Tu es trop belle pour être heureuse, surtout sans moi.
Quant à l’espagnole, il fait beau et j’ai un parapluie : impossible de plaire à une fille au sang chaud avec un comportement aussi prévoyant. Encore qu’on sache trouver « mignon » tout ce que l’autre compte de défauts au début. Juste avant de réaliser que les mêmes choses sont en réalité rigoureusement insupportables.
Séduire une fille avec des regards suppose un subtil mélange entre désinvolture et intérêt. Eveiller la curiosité avec détachement, sans passer pour un psychopathe ou un mort de faim. Ai-je réellement envie d’attirer l’attention de la brûlante beauté ? Les espagnoles ne font pas de quartier ; elles peuvent aller à la corrida et réclamer la mise à mort du taureau. Elles arrachent le cœur des hommes et le dévorent à vif car rien n’est sérieux et rien n’est grave dans leur culture – donc tout l’est. Ceci leur donne une maîtrise injuste de leurs sentiments. Je déconseille à quiconque de tomber amoureux d’une amazone ibérique, et, à la limite, même aux espagnols. Personne n’est prêt à chevaucher ça. La plupart des filles qui parlent fort dans les lieux publics le font pour dissimuler (vaine tentative) leur manque de confiance. Pas elles.
Pas elle. Sa voix résonne et brise tous les tabous, son rire se déploie comme une jouissance impudique, une jouissance de femme. Alors qu’elle n’est qu’une fille. Elle ne craint pas l’attention qu’elle attire, à vrai dire, elle s’en fout. C’est ce qui la rend si dangereuse.
Les espagnoles sont du même coup celles qui tombent le plus fort, et elles n’hésiteront pas à vous la couper en cas d’infidélité. Dangereuses qu’on vous dit.
27 mars 2007
Tryptique de la Ljubljanica - 1
L’eau bout dans la rivière
Au bout de ma visière
Je vois le poison dans l’eau
L’eau boue de la rivière
Est ma bouée en hiver
J’envoie les poissons dans le seau
A l’aube où la rivière
Inspire les marabouts
J’époussette la poussière
Qui salit mes genoux
Tryptique de la Ljubljanica - 2
Les eaux de la Ljubljanica
Gèlent au-dessus de moi
Je tape sur le ciel de glace
Les pieds dans le sol de glaise
Du lit de vase le torrent bout
Et chantent les cathares
J’oublie en mangeant un nénuphar
Plus rien à cirer de ce trou
Je crache sur ta figure
Tu jacasses je me biture
Entre deux courants les poissons flottent
Nonchalamment
En coulant dans l’eau froide
Les vêtements collent à ma peau
En aspirant l’oxygène fluide
Je frissonne de bas en haut
Tryptique de la Ljubljanica - 3
Le liquide se fixe
Sous le ciel crachant la neige
Les bulles d’air prisonnières
Caressent la glaciale rivière
Une saison en hiver
Un adieu au jour d’hier
Par une porte dérobée
L’automne s’en est allé
Tintements métalliques
A la surface des eaux gelées
Je givre entre deux étés
M’enivre d’esthétique
Désabusée
L’eau n’a plus cours
Dans cette saison perdue
Je suis rude et j’étouffe
Les poissons nus
Mon lit dévore les esprits
Elliptiques
Figée sous vos fenêtres
Arrogante mais jamais identique
26 mars 2007
La Noyée (S.G.)
Sur la rivière du souvenir
Et moi, courant sur la rive,
Je te crie de revenir
Mais, lentement, tu t'éloignes
Et dans ma course éperdue,
Peu à peu, je te regagne
Un peu de terrain perdu.
De temps en temps, tu t'enfonces
Dans le liquide mouvant
Ou bien, frôlant quelques ronces,
Tu hésites et tu m'attends
En te cachant la figure
Dans ta robe retroussée,
De peur que ne te défigurent
Et la honte et les regrets.
Tu n'es plus qu'une pauvre épave,
Chienne crevée au fil de l'eau
Mais je reste ton esclave
Et plonge dans le ruisseau
Quand le souvenir s'arrête
Et l'océan de l'oubli,
Brisant nos cœurs et nos têtes,
A jamais, nous réunit.
21 mars 2007
Juillet 1959
Juliette Gréco : Qui êtes-vous, à vos yeux ?
Serge Gainsbourg : Pour l'instant pas grand chose ; je suis une espérance.
9 mars 2007
Post hoc, ergo propter hoc
La force de persuasion de l'esprit humain est éblouissante. Les exemples abondent, et produisent deux effets : nausée face a la nullité du raisonnement des masses, et fascination morbide pour la capacité d’anéantissement inconscient du réel. Nous refusons obstinément de tirer les leçons du passé, et ce du plus idiot au plus intelligent du village planétaire.
Quelques rares esprits ont encore la force d’alerter. Une lecture, même distraite, de Jean Baudrillard, apporte l’explication de l’évolution actuelle de nos sociétés, et pourquoi cette obsession du « Bien » ne peut qu’engendrer une dérive totalitaire ou une fin chaotique de l’Occident, dont le terrorisme n’est que le signe avant-coureur.
Pour les plus paresseux, l’aphorisme de Cioran mettant en évidence la ressemblance entre la décadence romaine et nos sociétés actuelles suffira. « Les romains de la décadence n’appréciaient plus que le repos grec, otium graecum, qu'ils meprisaient auparavant. » Le philosophe nihiliste ajoute que l’analogie avec les sociétés contemporaines est telle qu’il serait indécent d’y insister. L’histoire se répète devant nous, et si la vie parait plus simple les yeux clos, le résultat n’en devient pas différent pour autant.
Enfin, un exemple futile donnera la mesure de l’ampleur du phénomène. Dans les années 1930, l’industrie musicale cria au scandale lors du développement massif du phonographe (qui signerait la fin des concerts et de la juste rémunération des artistes…). Elle hurla aussi pour protester contre l’écoute massive de la radio, une vingtaine d’années plus tard, qui se traduirait nécessairement par des baisses de ventes de disques. Quand la cassette audio a fait son apparition, les amateurs de musique du monde entier se sont fait traiter comme de vulgaires voleurs. Les statistiques ont prouvé que les jeunes qui copiaient la musique sur cassette étaient également ceux qui achetaient le plus de disques compacts. A chaque étape, l’industrie s’est réinventée, et surtout, la création musicale n’a pas cessé.
Mais pourquoi tirer les leçons de ces expériences pour comprendre la situation actuelle ? Les jeunes qui téléchargent achètent probablement 10 fois plus de disques que la moyenne nationale (1 disque par habitant par an en France), mais il est plus pratique de les accuser de tous les maux que de remettre en question la qualité des artistes dont on fait la promotion massive. Et il est bien plus confortable de tirer à boulets rouges sur les « pirates » que d’accepter un nouveau changement de l’industrie, qui implique forcement des perdants et des gagnants, mais n’est ni plus ni moins que le 4ème changement d’organisation majeur de cette industrie en un siècle.
8 mars 2007
Chanson du malfrat Zilok
Ouais, t'as de la gueule,
dans ton complet veston
Ailleurs
mes potes, pas bégueules,
te rosseront pour tes ronds
J'entends dire par ici,
qu'on est que des voyous
Ma p'tite dame je vous félicite
Votre cerveau n'est pas complètement mou
Pourquoi travailler
Si c'est pour d'autres voyous
Entre nous c'est peut-être la guerre
Mais on sait d'où viennent les coups
J'vous laisse les cravates et les secrétaires
Et vos sourires bizarres
J'préfère mes clopes et ma bière
Assis au fond d'un bar
Mon programme ? assez simple
Je n'en ai aucun
Entre 2 longues et une pinte
J'me ferais bien un rupin
6 mars 2007
ailleurs
Effacer enfin
Pour devenir sans paraître
Aimer un jour sans fin
Respiration légère
Oubli sans effort
Au-dela des airs
Le silence est d'or
22 février 2007
Interlude autobiographique : écrire
J'adore les écrivains qui donnent l'impression d'écrire avec leurs doigts de pied entre 2 parties de backgammon avec un cocktail à la main. Ils éblouissent les novices. Mais les initiés connaissent la véritable identité des ''génies'' (n'abusons point de termes définitifs). La réalité, pour moi, est plus belle encore : les écrivains ''branleurs'' existent peut-être, mais vous n'en avez jamais entendu parler. Parce que ça prend du temps. Que la littérature, à moins d'avoir des nègres ou d'écrire avec un logiciel de création de roman acheté 55€ à la FNAC, est un TRAVAIL (ciel, un gros mot).
On peut ''poser'' en branleur génial, la réalité comporte plus d'heures à taper sur un clavier ou à se foutre de l'encre plein les doigts (quand on écrit trop vite l'encre n'a pas le temps de sécher, on se retrouve obligé de mettre une autre feuille par-dessus le texte pour ne pas acheter de buvards qui rappellent l'école primaire) que d'heures au bord de la piscine une bouteille de champagne à portée de main.
30 janvier 2007
(je ne veux plus) parler
Jamais d’entre-deux entre nous, les danses n’ont qu’un temps mais avoue, tu l’as aimé bien avant toi-même
Une bonne chanson ne peut pas durer moins de 7 minutes. 7 est un chiffre sacré
J’ai froid et personne
J’ai toi et
Plus qu’une mélodie tu es une ode
Au-delà des abysses de tes yeux
La triade de la vacuité : marc levy dan brown guillaume mussot
Les drapeaux claquent dans le vent les drapeaux claquent dans le sang
Fleur de saison sel sans raison mythe extatique
Mystique
23 décembre 2006
Hugo le parisien
Une bonne soirée peut vous faire oublier un tas de choses futiles et désagréablement persistantes : l’esprit de noël, une fille qui vous largue, un téléphone qui rend l’âme. L’avantage dans ce dernier cas étant que l’on n’attend plus désespérément d’appel de la fille susnommée. Ce qui est déjà beaucoup.
En partageant mes considérations avec Marissa (était-ce vraiment un prénom ?), j’ai remarqué que son chemisier s’ouvrait généreusement vers des contrées que j’eusse souhaité inexplorées. Sous la dentelle, une chair tendre mais ferme s’étendait, formant une sorte de parc d’attractions pour adulte consentant. Ses tétons auraient pu frotter l’intérieur de ma main, j’aurai caressé le galbe du sein avec douceur…comme 127 types avant moi. Pénible passé. Ma main a fait mine de se diriger vers son genou délicat, puis elle s’est levée. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’il y avait un lien de causalité. Pas farouche, mais pas facile non plus, l’Allemande. Après tout, je n’avais pas encore eu le temps de décider sous quel régime matrimonial nous nous serions mariés et quels seraient les prénoms de nos 3 enfants. Il n’y avait donc pas mort d’homme.
Marieke m’a rejoint prestement. Etais-je dans une soirée cosmopolite ou une chanson de Jacques Brel ? Je peinais à déterminer l’explication la plus plausible, le whisky jouant, lorsque j’ai senti un effleurement appuyé dans le bas de mon dos. Décidément, je ne comprenais rien à l’art de la séduction. Il me semblait pourtant plus logique d’avoir du succès avant d’être réduit à expérimenter les remous d’un canapé (qui ne bougeait pas il y a encore quelques heures). Bref. J’ai tenté de focaliser mon regard sur sa poitrine, mais je ressentais bêtement le besoin de voir ses yeux. Je l’ai laissé promener sa main – après tout je n’avais pas particulièrement d’objection à sa familiarité, et quelqu’un devait bien s’y coller. En l’espèce, il apparaissait crucial de parvenir à monter à l’étage, de trouver une chambre et l’imagination nécessaire pour bander. Le reste irait de soi. J’ai fermé les yeux un instant pour savourer l’instant (et laisser ses lèvres approcher).
Lorsque j’ai ouvert mes yeux, j’ai eu envie d’assassiner le light jockey : une lumière aveuglante envahissait le salon. Après une minute d’inadaptation, j’ai constaté que celui-ci était désert. Une autre minute a passé avant que je ne regarde ma montre. Une dernière m’a été nécessaire pour vérifier que je n’avais aucun souvenir de la veille. Marieke m’avait probablement violé sur le canapé avant de me laisser là, proie désirable offerte en pâture aux charognards. Ou alors elle était partie très vite après ma phase narcoleptique. Je penchais subtilement pour la deuxième hypothèse, étant un esprit d’une vivacité intellectuelle impressionnante, surtout à 10 heures un samedi matin.
Je me suis tenu à l’accoudoir afin de retrouver un peu de dignité (et une posture verticale), puis ait rassemblé mentalement mes affaires : une veste couverte de particules jaunâtre (mes amis les chipsters), une écharpe couverte de particules grisâtres (mes ennemis les cigarettes), et une bouteille de champagne rosé d’un cru prestigieux (sauvagement vidée et laissée pour morte au coin d’un fauteuil). Personne autour : mon honneur, ou au moins ma réputation, était sauf. Ne resterait plus qu’à pirater les blogs des connaissances qui publieraient les photos désobligeantes de mon triomphe, et le tour serait joué.
En sortant dans le parc embrumé de l’hôtel particulier, j’ai réajusté mon col et mon écharpe. Je me suis retourné vers la maison, ait pris une grande respiration pour éviter de vomir, puis suis reparti vers la grille. Dehors, le monde tournait. Cela ne m’a guère surpris, malheureusement.
Le sol gelé offrait une étendue blanche à mes yeux fatigués ; debout sur le muret longeant les quais, je tentais d’équilibrer mes pas avec mes bras comme balancier. A priori, j’avais donc bu plus que de coutume hier soir. Je me suis souvenu que plusieurs de mes camarades de promotion était morts de leur bêtise alcoolisée et suis redescendu sur le trottoir. Une vibration a secoué ma poche et m’a fait bondir : une minute de plus sur ce foutu muret, et j’étais bon pour un bain dans la Seine. Saloperie de whisky.
- Qui ose me déranger à une heure si indécente ?
- Bienvenue dans le monde de ceux qui bossent mon grand.
- Alexandre, sombre crapule.
- Bonjour mon cher Hugo.
- Tu me gonfles, Alexandre !
- Attends, ne commence pas où je t’éclate la tronche !
- Ah ah ah !
- Petite enflure. Bon, à part ça ?
- Ben tu viens quand même de me faire frôler la mort. Heureusement, j’ai plus d’esprit que toi.
- Quel dommage ! Enfin un fait divers que j’aurai pu épingler sur mon tableau d’honneur.
- Vous êtes trop bon mon cher. Mais que me vaut le désagréable plaisir de t’entendre avant même d’avoir avalé autre chose que ma salive ?
- Ta soirée s’est bien passé hier soir ? Enfin, c’est une question rhétorique, tu l’auras compris. Je regarde en ce moment même le film de tes tristes exploits sur le site de cet adorable Gautier.
- Parasite !
- L’argent procure trop de temps libre aux héritiers, que veux-tu… Cela dit, tu mérites amplement ces quinze minutes de gloire. Avec un peu de chance, tu seras repéré sur le net par… disons… un publicitaire travaillant pour le Valium ?
- Alexandre, je ne suis pas d’humeur pour ton humour.
- Ton élégance linguistique m’étonnera toujours.
- Get over it.
- Bon, je te laisse. Essaie d’arriver entier chez toi. Quoi qu'en fait je m’en tape complètement.
- C’est ça ! Allez, casse-toi, vieille buse.
La saison des pluies n’a pas encore frappé le ciel parisien. Les nuages nous foutent la paix pour quelques semaines encore, et j’en profite pour éviter le métro et ses tarés atteints par la température ambiante. Dans mes oreilles, du Prince cuvée 1982. Des synthés furieux électrisent mes oreilles et font bondir mes épaules en rythme (enfin j’espère). Je croise trop de jolies filles pour avoir honte : la prochaine sera toujours mieux. Le soleil rasant pourrait donner un air mystérieux au premier clone de Lolita Pille venu, mais je remarque que l’effet fonctionne aussi avec un labrador que j’aperçois attendant le bus. Précision : le labrador n’attendait pas le bus seul. J’ai vu son maître, je ne prends pas de drogue – enfin pas si tôt.
20 décembre 2006
Les clés d'or
altitude princière
Sans efforts
Une grâce amère
Temps mort
Chaleur légère
Quand tu bois un verre
Du rouge sur les paupières
Chaleur qui monte aux joues
Des jeunes filles aux yeux froids
Je glisse vers leurs cous
A leurs corps défendants
Je prendrai ta main
Lorsque tu t'y attendras le moins
Je prendrai ta main
Entre deux lendemains
Cachée par ta frange
Du coin de ton indifférence
Frappée par l'allure princière
Du sang décadant
7 décembre 2006
1 décembre 2006
avril 14th
Et puis j’ai compris en te voyant que le monde réserve autre chose ; bercé par des notes de piano cristallines, j’ai su à ton sourire que la beauté n’existe pas que dans les livres et les expositions. Entre deux respirations lourdes de conséquences, nos lèvres ont réduit les distances. Les fleurs flottaient à la surface de l’eau qui formait un miroir aquatique. Des chevaux dansaient autour de nous, et, à la lumière du jour, on distinguait des reflets de clair de lune. Ma voix s’est perdue dans le creux de ton oreille. Aspiré par l’attraction, subjugué par ton odeur, je me suis perdu dans ta chevelure, j’ai plongé dans ton cou frais comme un lit d’été. Derrière le petit muret de pierre, là où je t’ai rencontré il y a quelques vies, nos mains se sont accrochées. Les tiennes étaient un peu plus grandes que celles de l’enfant qui jouait du piano et me faisait languir, mais avaient la même douceur, le même goût de vie.
J’ai bu tes lèvres comme une solution miracle, j’ai serré ton corps porteur d’ailleurs. L’éternité suspendue à une mèche de cheveux balancée par le vent, ton pull qui se soulève pour me laisser entrevoir ton ventre. Au loin, des enfants qui rient et qui jouent ; en nous, des vies qui se font et rendent fous. Ivres de tes mots, des larmes de joie au bord des yeux, un peu trop de champagne, sublime perte de notion du temps. Dix ans et autant de mariages auront été nécessaires. Sans doute aucun ne fut-il de trop pour nous faire comprendre. J’avais longtemps séparé comprendre et faire, avant que cette petite fille ne nous prenne par la main. Poupée de cristal aux boucles d’argent, fée innocente belle comme notre enfant, apparition indéniable. L’évidence de son geste, la pureté de ses yeux, nos regards apeurés. Nous nous sommes promenés dans un champ de blés plus hauts que nous, peinant à distinguer le soleil des épis. Un instant, j’ai confondu ta nuque avec l’horizon, mais ce devait être la chaleur. Puis, comme elle était venue, l’enfant est repartie, laissant nos corps aux prises avec ce vide impossible à combler. Le temps était venu pour nos peaux de s’épouser après s’être frôlées, pour nos cheveux de s’emmêler après s’être effleurés. Il était temps d’aimer.
28 novembre 2006
flamme léthale
C’est fatal
Quand elle tombe
Tu te fais mâle
Elle force le trait
Forte de rien
Entre ses reins
Ton corps bat le sien
sous terre 1
don't believe in yourself
don't deceive with belief
knowldege comes with death's release
Oh!
Tentatrice dévouée, tes yeux francs appellent le monde à ton amour, ton odeur m'envahit par rafales, je suis à tes genoux attendant la délivrance, tranche ma nuque ou embrasse moi mais pose tes mains sur moi.
Tu pars et je reste coi.
27 novembre 2006
apocalypse apocryphe
Quoi qu’il se passe je ne connais que les grands écarts, les erreurs statistiques ; je fuis les moyennes par tous les moyens.
J’ai demandé leur avis à des gens dont l’opinion ne compte pas, et j’ai eu peur de le faire lorsqu’ils avaient une importance.
Quoi qu’il arrive, on peut toujours défendre une idée de deux façons différentes.
J’ai vu des clowns se transformer en clones, j’ai vu des empires dépérir en souriant j’ai vu des empereurs périr en regardant les ombres fébriles,
j'ai vu des ombres rôder autour de moi, j'ai vu la lumière se répandre partout sauf là où elle aurait dû, j'ai vu la fin du monde avant même qu'il n'ait commencé, je suis l'avoir et j'ai l'être, dans mes lettres, mes élèves, mes lopettes, j'ai vu des armées s'agenouiller devant un enfant roi, j'ai vu des forces sans nom assassiner des suppliants-du-bout-des-lèvres
Le règne arrive
tremblez vos membres fragiles brisés périront par les
flammes
26 octobre 2006
Rayons X
étudiant, tu traînes dans un semi coma éthylique pendant 3 ans, les filles ont encore toutes des corps fermes (et peu sont fermés), tu les regarde engorger toutes les rues, au début sans trop y croire, ensuite sans trop y toucher, et puis au final tu entres dans ces bouches ces culs ce monde, les retours de soirées sont peuplés de gens si formidables que tu les trouve « formidaux », la vie est large, dégagée et sans conséquences pour 1000 nuits sans prix dont la valeur ne te frappera qu’une fois entré dans la réalité, si éloignée de l’idée que tu t’en faisais. Elevé à penser que la liberté s’acquiert avec l’âge, tu prends une claque monstrueuse en réalisant que l’avant-goût de bonheur humé durant ta vie étudiante représente ce que tu n’auras jamais plus.
Le métro a des airs de communauté hippie avec ces wagons de sup de co venant d’Assas, ces HEC en 3ème cycle à Dauphine, ces diplômés de lettre en stage dans la multinationale familiale. On te raconte que l’aristocratie est morte mais la voici devant tes yeux s’ébattant joyeusement, de tapes dans le dos en mains dans le string, tout un petit monde qui fricotte, s’encule et se congratule pour le bien de l’avenir des privilèges hérités. L’avantage : ces gens ne sont pas agressifs, tout juste méprisants, et encore, puisqu’il n’est nul besoin d’en rajouter lorsque le pouvoir est si désespérément collé à un seul côté de la barrière.
16 octobre 2006
Etre sans lyrisme passe ton chemin
Dans ces moments-là, je voudrais rester des années entières allongé au soleil. Une sieste infinie, me poser comme un gros chat, les yeux mi-clos, ronronnant, les rayons sur le dos et les flancs. Me déplacer avec souplesse, sans un bruit, voir les passants sans être vus, ou si rarement.
La lumière nourrit le vide froid en moi. Elle me donne envie de peau hâlée, d’être loin, d’être seul ou finement accompagné, de vivre une journée qui se répète à l’infini, d’eau, de sable, d’arbres. De naturel. De liberté, vivre sans montre, sans objectif, sans idées. Une vie entière à compter les grains de sable égarés sur le dos d’une fille aussi grande que l’inconnu, qui s’étire comme une enfant au réveil. Voir dans ses yeux le reflet d’une sensation, écouter sa voix comme si elle s’arrachait aux flots turquoises mélodiques. Des vagues douces comme les accords de Ben Kweller, des airs d’opéra dans la tête, des paillettes de couleurs vives quand on ouvre les yeux.
Passer une journée à suivre les vaisseaux sanguins de l'œil rendus transparents par le soleil. Gorger son être de la lumière rouge profonde qui rappelle celle de la mère, il a y longtemps. On pourrait se réciter des vers de Valéry Larbaud, ou de Baudelaire, de poètes ayant connu l’insoutenable beauté du non-être, qui fusionnèrent avec la terre et devinrent les pays qu’ils regardaient. Contemplant du haut des siècles de la colline du Parthénon un paysage vierge d’explication, leur langue s’éloigna de l’humain pour entrer dans les fondements du vivant aussi bien que de l’inanimé.
Les inimités se nourrissent des nuages qui brutalisent nos villes sans pardons. Sous la voûte dégagée, les âmes s’envolent avec légèreté.
11 octobre 2006
Talisman
La fumée glisse vers le visage lisse. Elle pique un peu les yeux, comme dans une chanson de Dinah Washington – j’allais dire « belle chanson », quel indélicat pléonasme. Les fauteuils de velours rappellent ces théâtres où nous allons à l’occasion. J’aime toucher le tissu, sentir la chaleur des années. Je repense à cet après-midi, le parc, les enfants, le soleil. J’ai vu la lumière changer le vert en doré. Les rayons mordillaient les feuilles qui tombaient de plaisir sous la caresse inattendue. Même les cris des enfants devenaient mélodieux, c’est dire la magie du moment. Allez, accordons-leur le bénéfice du doute : peut-être deviendront-ils comme moi.
Je suis comme tout le monde : réfractaire à ce qui ne me plaît pas. Un homme peut être noir, blanc, rouge ou jaune, s’il est habillé en Agnès b. il est mon semblable. On se reconnaît. Je me moque de ses origines, très honnêtement elles ne m’intéressent pas. Si peu de gens savent parler de leur passé, tirer la quintessence d’un lieu enfoui dans les limbes de la mémoire, décrire un parfum de glace en été.
Vous me détestez et vous adorez ça. Believe me, I know the feeling.
Le ballet des serveurs en tabliers noirs se poursuit, imperturbable. Les garçons de café parisiens sont les jazzmen de la restauration : instinctifs, intuitifs, doués pour l’improvisation, et, comme tous les gens de talent (j’ai bien dit de talent, pas de génie), cyclothymiques. Souriants un jour, imbuvables le lendemain. Allons bon, tel est notre lot à tous.
Tous sauf les « génies ». Le génie ne s’accorde pas avec la méchanceté – c’est juste antinomique, la discussion n’aura pas lieu. La réciproque n’est pas toujours vraie (malheureusement) : le gentil n’est pas toujours génial, loin s’en faut.
Une ligne de contrebasse et quelques verres de crème de whisky plus tard, nous voici sous les contre-jours d’un appartement haut de plafond. J’aime. Particulièrement ces poutres, là, oui, le bois me rassure – quelle ironie.
- Champagne ?
- Aurais-tu quelque chose de plus doux ?
- Whisky ?
- Parfait.
Les conversations des bonnes âmes savent s’épargner les palabres inutiles.
- Salle de bain ?
- Cuisine.
- Chambre ?
- Bureau.
- Après vous…
Puis un matin qui enchante – remerciements à la sainte patronne D. Washington qui poursuit son inexorable entreprise d’emprise. Elle est « mad about the boy » et se répète à l’infini par les enceintes du système haute définition aux lignes épurées.
Nous partirons à l’aube croiser les chevaux dans le parc central, nous lancerons des miettes aux moineaux sur le ferry boat, nous goûterons la brise dans nos cheveux : la vie sera donc une publicité pour Hermès (le côté martial en moins).
Ou nous partirons en TGV, à la poursuite du Sud Eternel, plonger dans les étoffes vives et colorées, nager les yeux remplis d’or, à dos de mer, repas qui chantent et cigales qui dorment : la vie sera donc une publicité pour Christian Lacroix.
Une vie portée par la chaleur de l’air qui s’évade des sous-bois, par l’eau qui s’envole de partout. Un nuage qui éblouit les yeux, qui épouse les courbes, qui embaume le nez, qui caresse les mains ; de la pureté comme des éclats de chocolats.
c'est pas la Croix Rouge ici
La règle numéro deux peut engendrer une exception dans la règle un : il faut être prêt à supporter les conséquences de ses actes, pour le reste de sa vie et plus encore. Rien de bien original (merci Nietzsche). Parce que si tu assumes ton envie de bagnole à la con, alors tu peux prendre un crédit et faire un job pourri pour le rembourser.
Voilà, je pense avoir fait le tour. Et puis détourner le regard aussi ; très important ça. Quand un clodo te demande « une pièce ou une cigarette ou un ticket repas ». Fermer très fort les yeux pour continuer à t’apitoyer sur ta vie et tes problèmes psychologiques.
Détourner les yeux quand une vieille se fait écrasé devant toi. Parce que tu n’y es pour rien, et que c’est pas ton problème merde, tu es déjà en retard bordel.
Détourner le regard quand tu fais pleurer quelqu’un. Capital. De toute façon tu as la règle numéro deux, non ? Alors de quoi tu te plains. Si tu veux foutre une vie en l’air, c’est ton droit. Les gens n’ont qu’à pas être aussi con, c’est tout.
Détourner le regard quand on te tend la main. Etre redevable ? Et puis quoi encore ?
Détourner le regard pour voir se profiler les détours. Malhonnête ? OK. Quoi que…
2 octobre 2006
Midnight Sun
Les accords d’une chanson des Beatles me rappellent que je déteste qu’elle aime – des musiques, des films, des gens. Pas assez de finesse, pas assez de culture, pas assez le droit je crois.
Les voitures éclaboussent des jeunes filles qui ne rient pas. La lumière tombe comme dans un film de Sofia Coppola. Paris résiste, les gens ont froid.
Je suis peut-être parvenu à tout dire sans rien prononcer, mais il me semble que les personnes concernées n’ont pas entendu.