8 janvier 2010

La conscience du malheur

Celui qui n’a jamais conçu sa propre annulation, qui n’a pas pressenti le recours à la corde, à la balle, au poison ou à la mer, est un forçat avili ou un ver rampant sur la charogne cosmique. Ce monde peut tout nous prendre, peut tout nous interdire, mais il n’est du pouvoir de personne de nous empêcher de nous abolir. Tous les outils nous y aident, tous nos abîmes nous y invitent ; mais tous nos instincts s’y opposent. Cette contradiction développe dans l’esprit un conflit sans issue. Quand nous commençons à réfléchir sur la vie, à y découvrir un infini de vacuité, nos instincts se sont dirigés déjà en guides et facteurs de nos actes ; ils refrènent l’envol de notre inspiration et la souplesse de notre dégagement.

Cioran, philospohe dont l'existence démontre ses convictions philosophiques, lui qui vécut jusqu'à 84 ans sans jamais se résoudre à se donner la mort.

6 janvier 2010

2010

Arrêtez de vous reproduire

Arrêtez de croire

Arrêtez de penser

Arrêtez d’aimer

Arrêtez d’agiter

Arrêtez de vivre

22 décembre 2009

Blanc

Elle a fait semblant de dormir en attendant qu'il parte. 
Ses yeux fermés doucement, elle a cherché quel rêve pourrait la transporter loin de cette pièce sinistre qu'elle nomme maison. Il y a dans sa tête des images d'étendues blanches sans début ni fin, où la neige assourdit tous les bruits et le froid engourdi les membres. Un désert polaire où l'on entend le vent respirer avec soi. Un monde qui pour les citadins n'offre que la survie, mais qui serait pour elle bien plus vrai que celui-ci. D'ailleurs, la "sur-vie", n'est-ce pas une vie supérieure à la nôtre? Une existence où ce stress que l'Occident se plaît à créer de toute pièce devient réel danger de mort, un jeu à balles réelles, plus une des ces parties de jeu vidéo capitaliste où l'échec n'est que partie remise. Il lui semble que la glace panserait ses plaies bien mieux que le soleil. Peut-on cautériser par le froid? 
Alors qu'elle allait s'endormir dans le Grand Nord, la porte s'est refermée sur ses illusions.

15 décembre 2009

Souvenirs de coeurs épargnés: E.

Cette nuit j’ai rêvé de toi. Nous nous serrions comme deux amis, mais très longuement. Puis j’ai voulu t’embrasser comme un amant. J’ai pris ton visage entre mes mains, et il y avait des larmes le long de tes joues. Je t’ai demandé si je pouvais t’embrasser. Tu t’es retournée pour cacher tes yeux rougis. Tu m’as dit que tu avais souffert trop longtemps d’avoir attendu ce moment, que ce n’était pas juste que je change d’avis, que je me décide maintenant. Tu m’as dit que tu avais peur. Tu étais si belle, et je sentais encore la chaleur de ton corps sur moi. Je suis revenu près de toi, j’ai caressé tes cheveux et je me suis penché tout doucement vers tes lèvres entr’ouvertes. Nous nous sommes embrassés, et désormais je ne veux plus sortir du doux brouillard qui m’entoure depuis ce matin. J’ai ton regard gravé sur mes rétines, comme lorsque l’on regarde le soleil pendant un instant et que les cercles rouges persistent même lorsque l’on ferme les yeux. Je sens encore le parfum de ta peau dorée, son goût de soleil et de sel dans le cou. Je frissonne au souvenir de tes mains fines parcourant mon corps, de tes bras serrant mon dos. J’aimerais te le dire, mais la pudeur me l’interdit, en tout cas c’est ce que mon ego veut faire croire. La réalité est plus simple et banale : ce rêve, je suis le seul à l’avoir fait. Toi, tu es loin, près de la mer et du ciel azur, la tête dans les nuages ou sur l’épaule d’un autre que moi. Et la confiance que les années nous procurent ne pourra jamais effacer les heures passées à espérer un mot, un regard, un contact accidentel de la plus jolie fille du lycée. La fille que l’on trouve belle devient toujours la plus jolie dans nos souvenirs révisés. Alors, malgré bien d’autres amours depuis, on se retrouve hébété un matin au réveil, rêvant encore de la farouche belle à qui l’on ne pourra jamais avouer nos envies.

23 novembre 2009

Scintillements provisoires

Il poursuit des rêves comme on chasse l’éléphant blanc, perdu dans une jungle de non-dits touffue, irrespirable. C’est le gris qui l’entoure, gris du béton, gris du ciel, gris de sa peau, gris des voix, gris de leurs yeux, gris des fumées d’échappement, gris des arbres étouffés et gris des vêtements-uniformes. 

Il lui faudrait la mer et son infini illusoire, le vent salé qui écorche la peau, le soleil inlassable qui éclaircit les cheveux. Les filles qui découchent et que l’on adore. Les filles dorées comme les couchés de soleil éternels, ces couleurs que l’on croit toujours uniques mais que l’on retrouve soir après soir, année après année, avec cette ressemblance si unique qu’elle se confond au crépuscule originel.

Il voudrait des filles longues, lascives, élégantes, élancées. Des filles que l’on caresse du bout des ongles pour faire naître les frissons, des filles que l’on embrasse du bout des lèvres après les avoir trempées dans du Château d’Yquem, des filles que l’on séduit une nuit et qui nous hante une vie.


"ST 67" (idée de scène)

Sur la mer, le soleil crépite en milliers d’éclairs. Il envoie sa lumière pour nous photographier, et sous son regard éblouissant nous sommes tous des étoiles. C’est une fête sans la fumée, une soirée sans la nuit, un oubli sans lendemain. Je bronze en m’enivrant, je me trouve de plus en plus charmant. Alors je la vois, avançant au travers de la foule à petits pas de chat, doucement, sans faire de bruit sur le sable, sans heurter d’épaules viriles ou nues. Soudain elle est devant moi. Elle a des yeux grands comme des univers. Je me rappelle que l’on se connaît.

Ce sont les vibrations que ta voix crée qui me déstabilisent : les ondes s’entrechoquent contre mes neurones fragiles et perturbent toutes les transmissions d’information. Silhouette luminescente, yeux aux bleus polysémiques, épaules électriques et lapidaires. Si tu apportes le rosé, j’amène les glaçons ; si tu me donnes ta peau, je fournis les frissons. Je vois miroiter l’or et la platine enchaînés sur ton cou et soudain je voudrais être un aimant pour n’avoir d’autre choix que de me serrer contre toi. 

Des veines bleues battent sous ta peau translucide que j’aimerais embrasser en buvant l’eau salée que la mer y a déposé.


La jeune fille au corps tendre

Lentement ferme sa bouche

Rêveuse, d’émoi ses joues s’empourprent

Visage d’ange

Dans des cheveux d’or

16 novembre 2009

Souvenirs de coeurs épargnés

Anne, Elvire, Sandrine, Marie, Alexandra : j’en oublie sûrement, mais elles ne sont pas si nombreuses, ces filles que j’ai aimées sans qu’elles n’en sachent jamais rien.

De cheveux soyeux en chevilles célestes, elles m’ont fait perdre la raison sans que je puisse leur montrer. Je les inventais de loin, perdu dans la contemplation de traits physiques qui devenaient qualités morales, créant de toutes pièces mes archétypes amoureux. Au gré de mes fantasmes leur perfection s’affirmait, me rendant incapable de leur dire plus de quelques mots, bredouillés lors de nos rencontres au hasard de couloirs d’établissement scolaires dont la morne banalité sublimait leur halo de grâce.

Médusé par ces muses, je passais mon adolescence et mon passage à l’âge que l’on dit adulte dans des châteaux de sable que toute confrontation au réel auraient écrasés.

Dans ces histoires vécues, les filles sont donc moins réelles que dans un roman, malgré leur existence avérée : tout indique qu’elles n’ont vécu que dans mon imagination. Pourtant je me souviens d’elles et je rêve encore parfois de les revoir et d’oser les aborder comme l’homme que je ne suis pas devenu. Armé de la quiétude de la chambre où j’écris ces mots, je lance des déclarations d’amour virtuelles, sans aucun espoir qu’elles atteignent leurs destinataires. Je veux les écrire pour prouver qu’elles existent comme dans mon souvenir, et que mes passions, pour insensées, n'en furent pas moins bien réelles. Ainsi, elles deviendront plus vivantes à mes yeux qu’elles ne le furent jamais lorsqu’elles passaient devant moi, inconscientes d’être le centre de mon univers, aussi insouciantes que le soleil.

* * * * *

Anne

Comment se souvenir de quelqu’un que l’on n’a pas oublié ?

Le choix de la musique est essentiel ; pour convoquer son image, il faut une chanson au son granuleux comme le frottement délicat d’une allumette sur une boîte en carton, un soir d’hiver.

Puis une batterie et une basse qui l’entraînerait dans une danse hypnotique où ses yeux clos laisseraient le rythme pénétrer son corps, ses doigts papillonnant autour de sa silhouette découpée dans la pénombre par une lampe posée à même le sol.

Je l’imagine jeune Uma Thurman dansant sur Girl, You’ll Be A Woman Soon, dans Pulp Fiction. Elles partagent une caractéristique rare : être aussi belles brune que blonde ; dans les deux cas, une couleur pure – l’or pâle ou le jais – formant une fine enclave autour du visage qu’illuminent deux yeux de reine alanguie. Curieusement, c’est Femme Fatale du Velvet Underground qui m’évoque le plus Anne. Nico susurre la beauté d’Edie Sedgwick avec l’ironie mordante d’un texte écrit par Lou Reed. Au-delà de la musique, dont le tempo langoureux et les accords savamment saturés semblent écrits pour elle, c’est l’humour utilisé pour évoquer cette femme fatale qui me parle d’Anne. Car cette femme dont les hanches roulent avec une sensualité italienne garde le sourire malicieux des enfants espiègles. Les courbes épurées sculptant son corps de Vénus sont soulignées avec élégance par des tenues à la simplicité latine, mêlée d’un soupçon d’extravagance britannique. Et de son air secret déborde un érotisme dont la chaleur rougit mes joues à chacune de mes rencontres avec elle. Anne est ravissante : je voudrais la ravir, c’est-à-dire l’enlever, au sens étymologique.

Ayant évoqué la volupté promise par son corps, même à mots couverts, je sais qu’il semblera hypocrite de dire mon attirance pour son âme. Cependant, sa beauté nonchalante de princesse antique ne me hanterait pas encore si ses yeux n’avaient pas exprimé un mystère que je serais bien en peine de traduire ici. Lors de mes rares conversations avec elles, son esprit m’a paru si original et décalé que j’ai parfois songé qu’il s’agissait de frivolité, ou bien d’une légère folie. Une longue fille douce à l’excentricité frôlant la folie… Oui, cette impression joua sans nul doute un rôle déterminant dans mon attirance définitive pour elle.

Je rêve de longs voyages en Crète et en Italie avec elle. Nous partirions sur des voiliers à la blancheur aveuglante, plongeant de ponts au bois chaud dans les flots turquoise, azur, céruléen. Prenant le canot de transit, nous irions nous étendre à l’abri de criques désertes, où la chaleur du ciel ne serait rien en comparaison de celle de sa peau sur la mienne, et le Zéphire une simple brise emportée par la tempête de nos souffles déchaînés. Sa présence rendrait ma vie aussi voluptueuse que ses lèvres auxquelles je viendrais me rafraîchir à toute heure de la nuit et du jour. Et ses yeux plus profonds que la Méditerranée, dont elle est souveraine, feraient de moi le naufragé volontaire le plus heureux depuis Ulysse s’abandonnant aux chants des sirènes.

A suivre...

6 octobre 2009

Longing for Lingering Kisses

et ainsi, son existence s'évanouit en espoirs d'étreintes éternelles, de baisers langoureux, de mains qui caressent au long des nuits; l'intarissable poète aux ailes de carton-pâte avait brûlé ce qu'il restait de son coeur pour en faire des feux de confettis.
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A Life Lost Longing for Lingering Kisses
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1 septembre 2009

19 août 2009

Généralités particulières

Haleine fétide et contrepoids balançant dans le vide, il caresse l’eau à son fil, remplissant puis vidant une fiole de liquide ambré. Bombardé de soleil au point de vouloir l’écrire au pluriel, il perd ses repères de solitaire dans ce monde amoureux où les mièvres souillent leurs âmes dans l’underground tellurique. Belligérants ensanglantés proférant des blasphèmes philosophiques, ils aspirent des particules plus fines que celles de leurs noms dorés, avant d’utiliser des aiguilles au métal orange qui leur transmettront, sinon des staphylocoques, au moins le tétanos ou le sida.

« Viens à moi, enchaînée, traverse le chemin de croix qu’est cette mappemonde en mondovision, agenouille-toi pour reconnaître ton maitre et sauveur, l’unique fils de cet ivrogne que vous nommez Dieu et qui vous créa en renversant du whisky sur son feu de camp interstellaire, faisant de cette planète l’enfer-rôtissoire qui te terrorise tant. »
Putréfaction avancée sur le canot, c’est l’heure de la bière ou de la prière, il ne sait plus bien, mais les cloches au loin ont déjà disparus dans sa vapeur de sueur alcoolique. Sous sa peau il sent les bulles qui remontent à la surface, brûlure à degré tertiaire ressentie comme un jeu ou une œuvre d’art contemporaine – après tout les XXI semblent apprécier de souffrir ou d’avoir la nausée en allant au musée, il pourra toujours dire que ce n’était qu’un happening trop avant-gardiste pour être compris.

« Léa, Léa, Léa, … » L’appel sans réponse se transforme en fredonnement, une comptine innocente où l’on finit par percevoir un sadisme froid dans le chevrotement des « lalalalala », comme une peur panique de voir le dingue se lever d’un bond en plantant son couteau de boucher dans l’œil d’une petite fille passant là par hasard. Dans un monde si pauvre que l’on doit inventer des technologies de « réalité augmentée », sa figure boursouflée crève les yeux des chèvres grelottant sur la berge en tenant serré contre leur ventre cette progéniture dont ils préfèrent laisser à plus tard de la découverte de l’horreur absconse de la folie des hommes.

A story about murder.

15 juillet 2009

Elle

Tu as envie de l’aimer pour caresser ses mains. Tu te mens doublement : en utilisant « aimer » à outrance, et sur ce que tu veux caresser; disons qu’il s’agit d’une omission: ses mains oui, mais le reste aussi.
Tu imagines ses pieds aux courbes parfaites parsemés de grain de sable qu’elle tente de faire tomber en remuant paresseusement les orteils. Tu ne sais plus de quoi tu capable (soumission, séduction, oubli). Vertige de l’inconnu familier. C’est la proximité de sa peau dorée qui te rend heureux et misérable à la fois. La même histoire, encore et toujours, se répétant à l’ infini. La jolie fille, l’hésitation, la frustration, et puis rien. Ou alors tout : fous rires, baisers, cris, pleurs, promesses. Les listes ne t’amusent plus. Elles ne définissent rien et décrivent encore moins. Tu es fatigué. Tu as suffisamment gouté au bonheur pour savoir que tu en rates trop. Difficile de croire que tu as 35 ans, même si on t’en donne 5 de moins par clémence pour ta laideur. Combien en as-tu connu, de ces Aphrodite éphémères? Combien sont passées sans ne rien provoquer qu’une inaction teintée de regret? Et pour toutes celles-là, combien de sottes, de vaines, d’inutiles?


Et pourtant, si c’était autre chose?
[...]

ST '67

Il plisse les yeux pour ne laisser entrer qu’une fine bande de lumière et la regarder en cinémascope. Il la voit comme en film, mais au cinéma on est dérangés pas l’odeur de popcorn, tandis qu’ici c’est l’huile de monoï qui parfume l’atmosphère. Elle glisse le long de sa cuisse un doigt interrogateur, évaluant la température et si elle nécessite un rafraichissement. L’absence de vent la décide à se lever et elle s’éloigne comme un chat paresseux qui oserait tremper ses pattes dans l’eau. Les orteils entrent distraitement, suivis par les chevilles, mollets, cuisses. Arrivée en haut de la taille, elle se retourne et plonge dos à l’eau; pendant un instant, le liquide s’écarte de son corps et un instantané révélerait la façon dont sa chair pousse le bleu autour sans en être touché. Des vagues s’écrasent mollement contre les rebords. Au sortir, luisante dans sa seconde peau aquatique, elle penche la tête en arrière en prenant ses cheveux a deux mains pour en essorer l’eau. Brigitte brille, le soleil aussi.

3 juillet 2009

Faim de cous

Sourire.
Quand il la voit pour la première fois, c’est tout ce qu’il peut faire. Il adore ce genre de filles, celles qui vous donnent une irrépressible envie de bonheur, et un plaisir si fort qu’il s’affiche en grand sur votre visage. Tant et tant qu’on voudrait leur arracher le cœur : « Je vous l’emballe ? Non, c’est pour manger tout de suite. »

Mots roses

Il vaporise des gouttelettes sur les pales de son ventilateur portatif. Ca lui rappelle les brumisateurs d’eau minérale naturelle que l’on s’arrachait à la fin des années 90; il se demande ce qu’ils sont devenus et si quiconque oserait encore s’afficher aujourd’hui avec de tels affront à l’environnement. José Bové ne se gênerait pas pour vous regarder de travers, c’est sûr.

L’air statique de son bureau accentue sa léthargie chronique. Il mange des cachets d’aspirine pour passer le temps et ses nerfs. Il parait que ça réduit les risques de crise cardiaque, ce qui n’est pas le moindre des luxes pour un hyper-tendu qui se nourrit comme un enfant de 7 ans livré à lui-même dans les allées d’un hypermarché après fermeture. Sa copine veut s’installer dans un meublé. Il fait craquer ses phalanges. Il écrit un email de réponse puis l’efface pour ne pas l’envoyer. Il se souvient comment c’était avant elle; ou essaie. Il a pris 10 ans et 10 kilos en 12 mois : peut-être un signe.

Sa secrétaire est à genoux sous son bureau en train de ramasser des trombones qu’elle a fait tomber. Il a songé un instant à sa vie si la fin de cette phrase était différente. Des ennuis, principalement. Sa médiocrité éclairée a toujours été une faille majeure de sa personnalité, un frein naturel à l’avancement, un appel aux chieuses.

30 juin 2009

Balancements

Dans le parc il y a: des filles envieuses, des filles bioniques, des filles qui jalousent les abeilles – insectes qui butinent en musique visuelle, ces ballets aériens qui signalent la présence de fleurs, la direction, l’heure de la journée. Boucles simples ou doubles, vols en forme de 8 couché, tourbillon montant vers le ciel, les bourdonnantes jaunes et noires chantent par leurs mouvements.

Je vois les jolies blondes qui papotent puis s’en vont deux par deux, se tenant la main à travers les champs d’herbes moelleuses. Et pendant ce temps je découpe des poèmes et les répand sur mes yeux; les rayons du soleil font danser les mots comme des ombres chinoises portées par des bougies. Un chat ronronne puis s’endort, indifférent aux croque-morts en liberté qui fauchent la ville et notre blé.

Un peu plus tard, dans un bar ombragé de la ville, je m’assieds à une table pour enfants dans un lieu qui ressemble à une boîte de Lego. A quelques briques de mois, elle ne me regarde pas. Autour de ses cuisses, de la buée sur la chaise en plastique, sa peau nue sur le polymère expansé, et mon café à moitié renversé.
[...]

26 juin 2009

Encore pour moi

Je t'ai aimé de dos, je ne vois pas pourquoi je ne pourrais pas t'aimer de loin; t'aimer sans plus te connaître; t'aimer sans le dire; t'aimer sans que tu le penses; t'aimer sans ta permission et sans ton intérêt; t'aimer sans t'aimer.

Pour moi

C’est une chanson si belle que tu ne veux pas la partager. Pour quoi faire? Pour s’exposer au « hmm, mouais » ou « c’est joli » de ceux qui ne sont pas amoureux du son?

A l’heure du MP3 jetable de 3’30’’, tu ne peux pas proposer à n’importe qui une balade enchantée de plus de huit minutes. On est en train de parler 3 étoiles Michelin à un fana de restauration rapide, là. Non, de nos jours, rares sont les gens qui prendraient le temps de plonger huit minutes dans une œuvre qui se rapproche de la poésie jusqu’à l’étourdissement. Et même ceux qui le ferait ne seraient pas forcément touché par cette mélodie, cette voix, ce grain.

C’est une chanson si belle que mon prosélytisme musical disparait pour faire place à un égoïsme heureux; pour connaître le bonheur, ne forçons pas les autres à le partager.

24 avril 2009

Ecrire seulement pour sentir les touches glisser sous ses doigts
Impossible d’être amoureux quand on est aussi froid
Et si tu me connaissais
Tu saurais ça

Je suis dans une phase incertaine
Tu es dans un certain palace
Le vieux qui achète ta glace
Vaut-il que tu lui laisses ta place
Dans les mondes inhabités
Qui remplissent mes pensées

J’ai cru t’assassiner
Un bout de ta robe dans mes mains
Froissé par l’énervement
Me donnait du chagrin

C’est un morceau de ma vie
Tu es une pierre de mon chemin
Mais j’essaie d’oublier ton évidence
Et je souffle sur ton absence

Ecrire seulement pour sentir les touches glisser sous ses doigts...

Absolument

Il se regarde beaucoup. Non pas qu’il s’aime démesurément, il est simplement conscient de son apparence et de l’importance qu’elle emporte dans le monde.

Il est parfois jaloux de lui-même, d’une mèche particulièrement bien placée sur une photo d’hiver, ou d’un regard malin dans un miroir de restaurant. Son image n’est pas qu’un reflet, elle vit indépendamment de lui.

Il ne sera jamais ami avec quelqu’un qui s’appelle Roy ; pour un garçon ou une fille, ce prénom est ridicule. Il aime critiquer les gens car ils n’existent que par lui. Ce n’est pas pour grandir son prestige, immense déjà, plutôt par altruisme. Il dit souvent des choses qui ne semblent pas avoir de sens, comme un défi à la logique et ses raisonnements absurdes.

Sur la glace lisse du restaurant 3 étoiles, il dessine parfois des moutons. Ou peut-être sont-ce des nuages, mais personne ne l’a informé de la différence. Les bulles de sa bière ressemblent à celles de son champagne, mais sa chemise sur mesure n’a rien à voir avec les fripes qu’arborent les marchands d’espace ventant leur supplément hebdomadaire comme une nouvelle venue du Christ sur terre.

Il écoute le papier journal crisser sous les doigts de la nymphe nubienne qui prépare son café, et se répète que le monde n’existe que pour son plaisir périssable. Il pense des phrases définitives. Sur la place enfumée.

.

3 avril 2009

Il rêve de la mélodie du ressac et des machines de terrassement des enfants: quelques pelles, un ou deux rateaux et on serait enfin tranquille, épanoui, accompli. C'est pour l'odeur du sel, sa façon de tirailler sa peau, le grain qui griffe tendrement ses doigts lorsqu'il s'effleure. C'est pour cela qu'il vit. C'est la seule raison qui lui reste, mais pas des moindres. Il devient primitif, se demande s'il préfère les millions verts ou les milliards en grains.

Beauté portée par le vent en été
Ebahi je suis et je suis emporté
En suçotant le capuchon de son stylo Bic
Elle me donne envie d'être plastique
Ses pas légers, bruissements d'ailes de papillon, la porte vers l'immense vitre innondée de lumière et de mer. Sous sa dent, une noix craque. Le jus de pamplemousse qui coule dans sa gorge la chatouille de ses morceaux de pulpe; elle en ressent la caresse sur chaque papille de sa langue rose. Enfin, longue créature lascive allongée sur les coussins blanc du canapé choisi dans un magazine de décoration contemporain, elle ferme les yeux pour savourer cette journée qui commence. Il n'y a aucun souvenir désagréable pour gâcher sa sérénité, pas d'amour oublié qui reviendrait sonner à la porte, ni de chaton à nourrir. C'est sa sublime victoire sur le monde qui l'entoure.

9 mars 2009

flash de conscience dans une bulle qui n'est pas la sienne, elle flotte sur l'horizon déchiré par les nuages porteurs de tempête

11 février 2009

Farouche

We are two generals at war
Fighting battles every day
I send my armies against yours
And no one ever gets away

It seems I know you better
Even better every day
Yet my tactics never beat yours
And we fight for no man’s land

De tes cheveux sauvages
J’éponge mon front
Cette guerre est sans merci
Et ces baisers que je récolte au front
Sont la preuve que je t’ennuie

Si l’amour n’est pas violent
Il n’est rien tu aimes à dire
Je ne sais si j’ai raison
Mais la guerre devra un jour finir

21 janvier 2009

Evanescente

Elle s’évapore
Et sur sa peau disparaissent
Les traces éphémères de sa tristesse
A la naissance de ses cheveux
Le ciel et sa peau se mélangent


Le bleu de ses yeux a dissous le temps

Une odeur et le tintement clair
D’un ongle sur le verre
Une lumière pourpre à travers mes paupières
Et une pensée
S’échappe de mon sommeil
Dans les draps froissés
L’essence du temps

14 janvier 2009

Les souvenirs de mes rêves m'appartiennent-ils?

Variations sur un même temps

Tu passes ton temps à négocier, à imaginer des lendemains, jusqu'au jour où l'on t'annonce qu'il ne reste que des hier. 

***

Dépassé par le vertige du passé, tu cultives les lendemains et leur ivresse.

***

Que vertiges d'hier cultivent des lendemains l'ivresse.