18 mars 2011

Terres inconnues

A mesure que se multiplient les connaissances, l'ignorance s'accroît. Je prends davantage conscience chaque jour de mon incompréhension grandissante devant l'avalanche d'idées et de faits que l'on me présente. J'ignore un peu plus chaque fois que j'apprends. Il me semble en aller ainsi pour les relations humaines en général, amoureuses en particulier.

Je commence à percevoir les principes élémentaires d'une relation épanouissante, ou au moins non castratrice : conservation d'une liberté non négociable (de mouvement, de paroles, d'amour), rapports égaux donc conflictuels, désir physique dont la violence fondatrice se prolonge par des jeux érotiques élaborés.
Ces éléments de base résultent d'une construction intellectuelle élaborée au cours d'années d'expériences, de débats, de lectures. Ils ne s'appliquent qu'à moi tout en ayant une portée plus large, puisqu'une vérité suffisamment personnelle révèle nécessairement une règle universelle, étant entendu que nul n'est unique (les infimes différences visibles ne changent pas la matrice initiale commune, ce système nerveux au but simple : survivre à son environnement).

Or je suis dans l'incapacité de mettre en pratique ce que ces années d'échecs sentimentaux et de solitude ont révélé, car s'il existe des millions de femmes dont le corps m'inspire, je n'en ai rencontré qu'une poignée dont l'intellect et le caractère permettent d'envisager ce type de relation. Ainsi, je suis restreint à une masturbation aussi littérale que figurée sur ce fantasme de rapport élargissant le champ des possibles au lieu de le restreindre, comme tout couple "institutionnel".

Comme beaucoup, j'ai commencé ma vie amoureuse dans un jardin d'éden insouciant. Possession et jalousie m'étaient des concepts étrangers : lus, vus, entendus mais non intériorisés. Une infidélité me fit croquer la pomme du savoir. Pour bénigne et banale qu'elle soit, cette expérience m'a transformé en pulvérisant les bases naïves de mes conceptions amoureuses. "J'avais 20 ans, et je ne laisserai personne dire que c'est le plus bel âge de la vie". Chassé du jardin, j'ai du devenir un individu au regard amer et méfiant.

Quelques années et relations plus loin, je finis par comprendre qu'il n'existe pas de preuve d'amour suffisante pour taire les doutes, tuer la jalousie et la peur de la trahison une fois que l'on en a subi le choc. Et par une adaptation darwinienne dont l'inexorabilité ne m'apparaît qu'aujourd'hui, je suis devenu adepte du secret et de la vie libre au sein du couple. Pas un libertin - je ne recommande pas de faire des tromperies un style de vie, encore que le concept même me semble erroné, puisque j'admets désormais qu'on puisse aimer plusieurs personnes à la fois, et que même les "dérapages" sans lendemains constituent une soupape de sécurité augmentant la longévité du couple, à condition qu'ils soient vécus librement (c'est-à-dire sans culpabilité) et dans le sanctuaire du secret (c'est-à-dire à distance des risques de blessure narcissique de l'autre).

A partir de là, ma réflexion théorique progresse sans appui pratique. Ce nouveau segment de ma pensée, loin d'être le dernier, provient d'un célibat prolongé. Observant avec détachement le chaos immobile des couples institutionnels, ces morts lentes qui tentent de se donner des apparences joyeuses ou sérieuses pour cacher la misère intellectuelle de deux êtres dont le but ultime est de regarder la télévision ensemble ou de s'offrir un soutien moral lors du dîner familial du dimanche, et la souffrance ou au moins la gêne de mes amis intelligents subissant leur couple, je suis parvenu à la conclusion que le modèle relationnel établi ne crée que des frustrations contre une part infime (et illusoire) de sécurité ou stabilité, synonymes déprimants.

Aujourd'hui, je crois au désir physique (sa brutalité, son urgence, son inexorabilité), ainsi qu'aux bienfaits temporaire de sa réalisation, même s'il est finalement "sans issue" (Gainsbourg). Pour celui-ci, des millions de femmes correspondent à mes critères, je l'ai dit. Mais pour dépasser la chair et entrer dans une relation susceptible d'apporter une dimension supplémentaire à l'existence plutôt que d'en détruire d'autres, il me faut simultanément séduire le type adapté de femme et dépasser mes anciens automatismes.

Il est évidemment aisé de prôner la vie indépendante à deux dans le confort de son célibat, délié des chaînes de la passion. Comment garder sa raison une fois que frappe "l'amour" et ses délires obsessionnels de possession et d'adhésion totale ? Il devient dans ces moments impossible, pour moi en tout cas, d'agir librement et de concevoir que l'autre en fasse de même. Facile de réclamer les amours multiples pour soi, beaucoup moins de les accepter pour l'autre. Que j'ai envie d'autres femmes, que j'en tombe parfois amoureux, que ma vie soit indépendante et un tant soi peu secrète : OUI ! Que ma "légitime" le fasse : NON ! 

La force destructrice de la jalousie est proportionnelle à l'ego. Il la décuple (c'est en substance le mot de Camus sur les ruptures, "après moi, le déluge", on voudrait ne jamais être remplacé dans le coeur de ceux que l'on a aimé, même lorsque l'on ne les aime plus). Et mon ego sur-dimensionné ne fait que couvrir un certain manque de confiance, ce qui produit une possessivité amoureuse d'une négativité rare. Car si je me trouve le plus intéressant, intelligent, mystérieux et attirant homme du monde, le danger de blessure narcissique est immense. MOI ?! Elle ose me tromper ? Elle peut me tromper ?! Je peux ne pas lui suffire ? Le monstre se réveille : ce que l'on accepte de soi, ce principe simple d'un amour non exclusif et néanmoins sincère, on ne peut le supporter de l'autre. Nous voulons être uniques, irremplaçables, et laisser des amoureuses inconsolables au coeur lacéré de cicatrices éternelles. Au moins le temps que nous les oubliions.

Ainsi, parvenir à construire une relation amoureuse non exclusive, au même titre que nos amitiés, relève de la gageure. Cela requiert une capacité d'empathie, une intelligence supérieure, et de puissantes passions (quels qu'en soient les domaines) permettant d'abandonner son vieux soi engoncé dans les bienséances sociales. Il faut réussir à s'affranchir et vouloir libérer sa partenaire. Vouloir son bonheur sincèrement, c'est-à-dire sans nous si c'est nécessaire. Alors seulement peut-elle devenir l'Autre, bien qu'avoir une "officielle" ne soit pas sans doute pas indispensable - mais nous ne pouvons jeter d'un seul coup toutes les conventions.

Les seules carences affectives dont je souffre découlent d'automatismes et schémas de pensée anciens. La validation de mon ego trouve de nombreux terrains fertiles hors du plaisir charnel. Pourtant je continue à chercher un amour idéal, et l'on comprend désormais le sens de cet adjectif, loin des niaiseries adolescentes. Une éducation culturelle indélébile, raffinée de raisonnements plus récents, m'incite à vouloir une amie attirante aux fantasmes infinis et au caractère assez fort pour me tenir sur mes gardes sans créer de nouvelles blessures narcissiques. Une femme capable de m'aimer, quoi que ce concept signifie ("pied-à-terre" sentimental, le port où l'on rentre toujours après ses voyages), et de faire taire en moi les démons de la possession, calmer les affres de la jalousie. Une muse et une maîtresse, farouchement libre mais tendrement attachée par un fil d'acier extensible, aussi admirative de moi que critique, dont je sois impressionné voir intimidé par l'esprit.

Je décris une relation aux extrêmes qui s'équilibrent, concept naïf et simpliste trahissant l'absence d'expérimentations significatives, de mises à l'épreuve. Et jusqu'à présent, je n'ai connu d'unions libres que blessantes, déséquilibrées. Même (et surtout) les mythiques Sartre et Beauvoir, Musset et Sand, Sollers et Julia, Dutronc et Hardy. Ces relations paraissent nourries des sacrifices successifs de chaque individu.

Certes, ces exemples datent d'une époque où la libération des moeurs (à défaut de la "révolution sexuelle" tant fantasmée) n'avait pas encore "égaliser" les relations homme-femme. Depuis la fin des années 60, le changement sociétal radical mettant au même niveau les deux sexes (légalement, puis progressivement dans les mentalités, et bientôt dans les faits) a bouleversé nos personnalités, donc nos relations. Les hommes se sentent menacés, les femmes sous-considérées, et la mésentente qui en résulte n'a rendu personne heureux pour l'instant. La confusion des genres offre un surcroît d'inquiétudes et de possibilités d'être dégradé socialement et affectivement. Nous marchons dans la bonne direction, mais la terre promise est loin - les générations suivantes en bénéficieront, pas nous.

Ainsi, trouver un équilibre entre deux forces équivalentes (comme le sont les couples mythiques mentionnés) aujourd'hui pourrait sembler plus réalisable puisque la société entière reconnaît officiellement cette égalité. Mettre en place une relation épanouissante entre deux individus cherchant à ouvrir leurs horizons et atteindre le bonheur devrait être, aurait du être plus simple car socialement accepté.

Mais les grands équilibres officialisés ne sont pas acceptés et intériorisés par tout le monde ; l'application de l'égalité n'est que de surface (lorsqu'elle existe), et la tension générée par les apparences modernes frottant les fondations arriérées de nos mentalités (aussi bien masculines-dominatrices que féminines-résignées) détruit tous les couples inconscients de ces enjeux.

Moralement, nous sommes passés de millénaires d'asservissement (dans un sens ou l'autre) à une guerre larvée mais réelle entre les sexes luttant pour les mêmes attributs de pouvoir. Dans ces conditions, l'équilibre précaire pouvant s'établir entre deux amants de "calibre" équivalent est explosé par les canons retentissants aux avants-postes du combat générationnel, dans les tranchées du mouvement social, où se dessinent les futurs modèles de société. Pour reprendre l'expression de Gibson, considérons que le futur est déjà présent, mais qu'il est simplement mal réparti. Les nouveaux équilibres homme-femme, les nouveaux couples, ont déjà existé et existent en ce moment, mais uniquement par la force et la lucidité d'individus exceptionnels pouvant dépasser les contraintes imposées par la meute. Ils exercent une créativité morale qui permettront un jour d'annuler les motifs traditionnels de souffrance amoureuse, et plus largement de déclin intellectuel. La souffrance n'est pas le seul chemin vers la découverte de vérités personnelles.

Ces pionniers montrent la voie vers une vie riche, ouverte, infinie - c'est-à-dire en perpétuel renouveau. Ai-je le génie d'un pionnier ? Savoir parler d'une idée ne prédispose pas à sa mise en pratique. Il faut réaliser qu'il y a une grande différence entre connaître le chemin et arpenter le chemin. 
Et le gouffre entre penser et agir est à la mesure de mon ignorance exponentielle face aux connaissances qui s'accumulent.

3 mars 2011

ALL THAT IS NOT

And if you can still send shivers down my spine
Though there's nothing in your eye
Ever meant for me
Anymore

Then I'm past insanity and self-pity white lies
My blood boils up until it dries
All my love and energy
Forever

Pixels replacing cells
Hits for soft strokes
Lovers intertwine
Amidst command lines

1 mars 2011

Cantique éthylique

Ce que j'aime dans l'attraction amoureuse ivre, c'est l'étrange attention aux détails qu'elle provoque. D'ordinaire, j'observe les femmes comme la plupart des hommes : visage, seins ou fesses selon l'angle, jambes, cheveux, yeux. Caractéristiques basiques, quantifiables, définissables.
Mais l'alcool ouvre de nouvelles perspectives. Evidemment, des hommes plus raffinés (poètes) y accèdent sobre, mais chez moi c'est l'ambre glacé qui délie mon imagination ; progressivement, je deviens attentif à de nouveaux détails physiques ou comportementaux : façon de tortiller une mèche de cheveux, couleur et reflets d'un vernis à ongle, impression en creux d'une bretelle dentelée de soutien-gorge, avant-bras élégamment élancé, épaules au grain de satin, et j'en passe.

Soudain, les jolies filles deviennent uniques, et du même coup plus nombreuses. Par les critères esthétiques traditionnels, une femme se juge en quelques regards. Catégorisée, envisagée, analysée, l'affaire prend entre 4 et 30 secondes, même pour les plus époustouflantes qui nous arracheront un soupir. Dépasser ces critères, c'est ouvrir les portes d'un casting planétaire.

Parallèlement, l'alcool ralentit la perception du temps. Une manière de tourner sa paille dans un verre devient un spectacle fascinant auquel nous consacrons des minutes entières, ce qui paraît donc être des heures. Jamais n'avait-on rien vu d'aussi poétique, émouvant, bouleversant, excitant. On en écrit des odes illisibles sur son carnet rouge ou son téléphone mobile. Est-ce une illusion, ou percerions-nous enfin les couches de maquillage, vêtements, attitudes, pour atteindre l'essence profonde et sincère d'un être qui ne se sait pas observé ?

Car comme en physique quantique, si l'élément observé ressent le regard, son comportement change. La fille devient gênée, elle perd la grâce de ce mouvement anodin destiné à nul autre qu'elle. Le charme est rompu. Elle cherche à présent à plaire ou éviter le regard, en tout cas elle a remis son armure et réagit à nos attitudes. Nous ne la verrons plus que pour ses mensurations, défauts et qualités habituelles. Déjà, elle se place en rapport à nous - que ce soit anti ou pro, on n'existe en société qu'en réaction aux autres.

Au cours de la nuit, ce phénomène se répète aussi souvent que les conditions sont réunies. On rêve à des vies entières passées auprès de fées éphémères que l'on vient de découvrir pour qu'elles s'évaporent aussitôt, fragiles bulles de savon éclatant contre le rugueux réel.

Parfois, dans de rares cas, on trouve une de ces chimères à jeun, sans avoir besoin d'être poète ou fin observateur. Tétanisé par l'instant de grâce, on ne peut qu'admirer le rayon de soleil  avant qu'un nuage l'éclipse. La belle s'évade et nous laisse prisonnier de son regard vague. On y repensera au hasard d'éclairs sensoriels aussi envoûtants que ces rêves dont l'émotion nous retient dans les limbes tout le jour suivant. Une fois sur mille, cette fille appartient à notre quotidien, amie, collègue, vendeuse... Elle distille les moments magiques suspendus à la faveur des accalmies passagères, et nous mourrons pour un de ses cils battants.

Une fois sur un million, nous pénétrons son monde, ou plutôt elles nous tolèrent dans le sien. Entre mille réveils, baisers, gestes quotidiens répétitifs et désenchantés, il y aura quelques instants de lumière pendant lesquels nous aurons l'impression de quitter la relation réelle, de suspendre le temps, et d'observer de loin cette amoureuse inconnue comme on regarde une distante étoile. Souvent, elle n'en saura rien, nous tirant même quelques fois de notre rêverie, attendrie devant ce chéri tête en l'air. Jamais nous ne saurons lui expliquer  précisément ce qu'elle provoque à son insu, et le chemin parcouru pour revenir auprès d'elle. 

Peut-être est-ce parce qu'elle ne tient qu'une place infime de déclencheur dans ces processus, et qu'aucun de nos sentiments n'existent en dehors de nous. Les neurones qui enclenchent ces sensations lui sont pré-existants, elle ne fait qu'agiter le magma quantique des possibilités jusqu'à l'alignement gagnant qui ouvre la serrure. Et malgré ceci, cette connaissance que le ressenti vit et existe uniquement en nous, dépourvu de cause extérieure, trouver puis être avec cet personne-clé qui ouvre les vannes des rêveries éveillées relève du miracle. Car le langage le plus abouti n'est rien sans interlocuteur pour le comprendre, et la poésie amoureuse que l'on porte en soi ne s'exprimera jamais sans la muse qui l'invoque.


22 février 2011

YOU LOOK LIKE KEREN ANN
(YOU LOOK LIKE ALL THE PRETTY GIRLS I SEE)

15 février 2011

Respirations cylindriques

Le soleil file à travers un carreau cassé dans la salle obscure. Des particules lévitent dans le rayon, une colonne bancale à la consistance de l’air. Le sol poisseux m’a gardé dans une position semblable à ces silhouettes découpées à la craie blanche dans les films de Leslie Nielsen, et dans un effort inquiétant je me rétablis sur le dos. Je lève ma main vers le trait de lumière et regarde la peau jusqu’à distinguer chaque minuscule crevasse, que l’on croit creusées par le temps mais qui sont des manifestations de la réalité d’une matière composée de vide plus que de solide. Là où notre perception erronée perçoit de la matière, la science physique décrit le vide des atomes qui la composent.

Les chaises renversées autour de moi et le murmure des frigos suggèrent respectivement une fête récente et une activité régulière. Je suis dans un pub. L’obscurité ne parvient pas à dissimuler qu’il s’agit du mien. Une banderole gît à mes pieds, je l’amène devant mes yeux plissés : « Happy 40th, Lenny ! ». Je n’ai donc pas rêvé, je viens d’avoir vingt ans pour la deuxième fois.

Dehors l’été nous offre sa première journée potable. Les rues de Shoreditch sentent le vomi et la pisse comme n’importe quel samedi matin. Douce familiarité des rues enfoncées parcourues deux fois : ivre et sobre. Trois, en comptant la première rencontre. Tous les lieux que l’on connaît par coeur ont au moins deux visages, celui rassurant et connu de nos souvenirs quotidiens, et celui flou du premier instant passé en sa présence. On retrouve très peu de notre chambre dans le souvenir de sa visite initiale. Ce n’était qu’un cube, quatre murs barrant l’horizon ; cela devient une extension de notre vie, un espace mental autant que réel. Il en va ainsi de chaque lieu que nous fréquentons régulièrement. Ce matin, les deux couches de souvenirs se superposent derrière mes yeux captant le présent. Mon cœur s’emballe sur Curtain Road comme lors de mon premier passage, avec une Lucy aux cheveux noirs. Mes sensations sont brouillées aux abords d’une place où je passe tous les jours, cet Hoxton square où j’avais pris LA cuite de ma jeune existence. Je crois voir Gareth au coin de Shoreditch High Street et New Inn Yard comme lorsque nous habitions ensemble. Il s’approche, j’ai presque l’impression qu’il va me parler.
-     Lenn-ayyy ! Super fête hier soir mec.
-     Ah putain c’est toi !
-     Ben, oui. Tu as bu tant que ça ?
-     Je me suis réveillé par terre au Dragon’s.
-    Ouais, on n’a pas trouvé de couverture ou de matelas, et tu n’étais pas très coopératif.
-     Pas grave.
-     Tu m’as l’air bizarre, birthday boy. Viens par là.

Nous faisons la queue au Breakfast Club, le seul endroit décent pour manger un full english à 15H45, heure plutôt acceptable pour commencer sa matinée après une lourde à mon âge. Gareth porte un blouson au cuir gris tant il est usé, sur un t-shirt blanc à l’hygiène discutable. Sa paire de jean’s, la même depuis 1977, s’arrête 5 centimètres au-dessus de ses brogues marrons. Un putain de romanichel briton.

Mes yeux se baladent sur l’assistance proprette de ce rade où de jeunes city boys promènent leurs bourgeoises en quête d’authenticité, et s’arrêtent sur une blonde lavasse, regard mauvais. Elle fixe en retour, sans animosité. Une inflexion du sourcil gauche dénote un début d’intérêt, mais je réalise rapidement à sa mise en marche vers moi qu’elle m’a reconnu malgré la couche de crasse et mes cheveux de trois jours.
-     Qu’est-ce que vous foutez ici ?
-     Ah, une admiratrice !
-     Ça vous a pas arrangé de vous barrer on dirait.
-     On ne peut pas tous être aussi naturellement élégants que toi, princesse.
-     C’est vrai ce qu’on dit ? Vous avez racheté le Dragon & Bells ?
-     Pourquoi, tu veux ramener tes copines ?
-     Ça vous va pas de jouer au vieux dégueulasse.
-     Eh, doucement, je viens d’avoir 20 ans. OK, pour la deuxième fois.
-     Sacré rigolo.
-     Bon, sérieusement, tu veux quoi ?
-     Voir de mes propres yeux la déchéance du grand Leonard Remer.
-     Tu as vu : maintenant va propager la bonne parole.

Gareth me faisait de grands signes, assis à une table au fond du restaurant. J’ai laissé l’agresseur par surprise pendant qu’elle cherchait une réplique. Une fois assis, Gareth a fait mine de ne rien avoir vu à la scène, encore qu’il pouvait totalement rater ce genre d’altercations, perdu dans un brouillard d’idées et d’éther. La serveuse est venue noter nos plats en penchant consciencieusement la tête vers son calepin ; je sentais que cette journée allait être longue.
-     Qu’est-ce que tu as fait ?
-     Rien, elle voulait probablement impressionner ses potes, je l’ai envoyé chier.
-     Hein ?
-     Ben la fille, là.
-     Qui ? Peu importe. Je voulais dire : qu’est-ce que tu as fait pendant ces 6 mois ?
-     Rien de passionnant.
-     Enfin il a bien du se passer quelque chose ! Tu disparais 6 mois…
-     Tu sais très bien pourquoi je suis parti.
-     Oui mais pas pourquoi tu es revenu, et puis tu reviens pour ouvrir un pub, personne te reconnaît, ou presque, ta famille m’appelle pour demander où tu habites.
-     Tu leur as dit ?
-     Non, mais tu devrais. Et appelle ton frère. Tu lui dois au moins ça.
-     Ouais. Je suppose.
-     Alors, tu as fait quoi pendant ce temps ?
-     J’ai voyagé. Enfin pendant un temps, j’en ai vite eu marre. Je me suis posé dans un petit village en Inde, au bord de l’océan. J’ai vécu comme un prince pour un centième de mon salaire ici.
-     Pendant tout ce temps ?
-     À peu près.
-     Et il s’est passé quoi le mois dernier ?
-     Rien. J’ai commencé à m’ennuyer alors je suis parti.
-     Pourquoi revenir si c’est pour te cacher dans un bar ?
-     Londres me manquait.
-     Les gens ne t’ont pas oublié, tu sais.
-     J’ai cru comprendre, ouais.
-     Cela dit, tu as rendu service à ton frère, ils ont pu tout te mettre sur le dos et sauver ce qu’ils pouvaient.
-     J’imagine.
-     Tu l’as vraiment fait ?
-     J’ai pas envie d’en parler. C’est pour ça que j’ai acheté le Dragon’s, tu te souviens ? Fini le parti. Ma seule responsabilité, c’est de servir des pintes, et encore seulement aux clients qui me reviennent.

*****

Il me restait quelques heures avant d’ouvrir le pub. J’ai pris le long de Grand Union Canal pour aller voir les freaks à Camden Town, ceux de Shoreditch m’étant déjà devenu trop familiers. La masse touristique des nine-to-fivers en visite au zoo diluait le pouvoir d’émerveillement des anime girls aux bras de junkies steampunk, des groupes d’ados à mohawk fluorescents, des robots humanoïdes sortant de Cyberdog avec des sacs remplis de pistolets en plastiques tirant des rafales sonores insupportables. Les attroupements formés par les jeunes filles sages se tirant le portrait au côté d’un de ces freaks, pour le poster instantanément sur leur profil Internet et montrer leur « coolitude », créaient quelques embouteillages. Bientôt, les lois implacables de la mécaniques des fluides, qui régissent les flots humains autant que ceux des rivières, transformaient ces ralentissements en masse informe impossible à bouger. Pris d’une de ces crises qui avaient failli empêcher ma précédente carrière, je m’extirpais de la foule en entrant dans une boutique déserte.

À première vue, l’échoppe aurait du être aussi bondée que ses voisines : livres de magie noire, gris-gris de sorcière, chaudrons fumant, tout semblait faire pour plaire à la clientèle alternative (ou s’imaginant telle) du marché. Pourtant quelque chose dans l’atmosphère devait agir en repoussoir de suiveurs de tendance. Je ne suis pas superstitieux, mais je n’aurais pas voulu recevoir un sort ; je m’apprêtais à sortir lorsqu’une voix surgit de l’arrière-boutique, m’informant qu’elle serait à ma disposition dans un instant. La voix était rauque sans être dénuée de douceur, suffisamment pour me clouer sur place et attendre selon son désir. Je feuilletais négligemment une bible satanique, elle vint me trouver.
-     Savez-vous de quoi parle ce livre ?
-     De rites destinés à faire apparaître Lucifer, je suppose ?
-     Ah, les clichés ont la vie dure… D’abord, Lucifer n’est pas Satan. Avez-vous appris le latin, M. Remer ?
-     Et moi qui espérais être un cancre anonyme…
-     Voyez-vous, étymologiquement, Lucifer est « le porteur de lumière » ; il est le dieu romain du savoir, celui qui apporte la connaissance aux hommes. Son assimilation au diable n’est que l’invention tardive de l’église catholique.
-     Je ne regrette pas d’avoir été un mauvais chrétien.
-     Quant à la bible satanique de LaVey, elle est une célébration du potentiel de l’homme, un manuel l’encourageant à se prendre en main individuellement, sans attendre un hypothétique salut post mortem. LaVey nous dit en résumé de faire le bien pour nous-même, par pour un dieu qui prouve chaque jour son absence, ou en tout cas son indifférence à nos petites affaires.
-     C’est un individualiste, en quelque sorte ?
-     Parfaitement. Ainsi qu’un athée, évidemment.
-     Il m’aura fallu attendre 40 ans pour découvrir que j’étais sataniste !
-     Les choses ne sont jamais telles que l’on croit de prime abord, vous devez être bien placé pour le savoir.
-     J’imagine que cette philosophie explique l’absence suspicieuse de mépris dans votre regard ?
-     Tout à fait. Je ne me permettrais pas de vous juger sans connaître vos motivations, ou même si vous l’avez tout simplement fait.
-     Et si j’avouais tout ?
-     Alors je vous donnerais encore le bénéfice du doute sur vos raisons, qui pourraient justifier vos actes.
-     Vous faites une sorcière très iconoclaste. Je veux dire, avec vos cheveux blonds, vos piercings et votre foi en l’humanité.
-     Et pourtant…
-     Pourtant ?
-     Avez-vous vu le monde dehors ?
-     Oui. Et ?
-     En voyant ma boutique, et le marché où elle se situe, pensez-vous qu’elle devrait être si déserte ?
-     Je suppose que…
-     N’est-ce pas la première chose que vous vous êtes dit en y rentrant ?
-     Comment…
-     Détendez-vous, M. Remer, c’est de la psychologie de base, pas de la sorcellerie !
-     Ah…
-     En revanche, la fréquentation de la boutique, ça… Je préfère ne rien dévoiler.
-     Vous êtes vraiment quelque chose, vous !
-     Je ne vous le fais pas dire.
-     C’est un compliment, hein, ne le prenez pas mal.
-     Aucun risque. Mais tout de même, pour être sûr, vous devriez acheter ce livre.

Il aurait été malpoli de ne pas répondre à cette injonction souriante. En sortant du magasin, le flot s’était résorbé et j’ai pu feuilleter ma nouvelle bible. Au chapitre 6 du Livre de Lucifer, intitulé « Sexe Satanique », je lus 11 numéros, signé Anita, avec un pentagramme représentant le premier A.

*****

J’avais voulu l’argent car je pensais que c’était la seule possibilité de liberté dans notre monde. Puis j’avais voulu le pouvoir pour changer ce fait. À présent, je ne voulais que du temps. Ce que certains nommaient fuite, j’appelais : se confronter à la réalité. Il m’apparaissait clairement maintenant que la véritable fuite, sprint effréné aussi essoufflant que possible pour éviter les questions, était le travail. Carrière, objectifs, possessions : la société occidentale organise soigneusement le temps pour qu’il ne soit jamais libre. Et aussi accompli qu’il soit, un membre de l’élite demeure l’esclave d’une tâche harassante : le maintien d’une structure sociale garantissant ses privilèges. Faire partie d’une élite nécessite d’imposer une représentation du monde à ses semblables, et ce faisant, de leur faire aimer une position qui n’a pour objectif que la stabilité sociale.

J’avais cru imposer la liberté en conquérant le pouvoir par la tyrannie ordinaire, avant de réaliser qu’aucune forme d’émancipation ne me sauverait de mes propres automatismes, de mon plan de construction biologique destiné à asservir le monde à mes désirs. À défaut d’être un sauveur, je refusais d’être un maître-esclave. Peut-être ces crises de conscience avaient influencé les décisions qui ont mené à ma sortie ; peut-être avais-je simplement envie d’arrêter sans en avoir le courage.

Ce que j’aime en Anita, et dans toutes les femmes, ce n’est pas elle-même. Le plaisir qu’elle m’apporte est égoïste, comme tout plaisir : en la voyant, j’oublie mon existence et ne vit que pour son regard. Un instant, une heure, un jour, mes questions cessent de me concerner et se focalisent sur elle. Il n’y a aucun altruisme ou curiosité à cela, car le produit essentiel de ce sentiment demeure une absence du soi et de ses interrogations qui ne bénéficie qu’à soi-même. Et ces pensées « pour l’autre » qui se télescopent comme autant de débris célestes ne créent du bonheur que pour moi.

Mais nos regrets ne s’effacent qu’un temps, et la passion, aussi soudaine que suspicieuse, pour un prochain dont ne nous pourrons jamais connaître rien qui ne soit déjà commun à nous, ne constitue pas une réponse durable.

Malgré toutes les Anita de passage, j’ai fini par admettre qu’une erreur qu’on ne voudrait pas réparer n’en est pas une. Ce que le collectif désigne comme une faute, dont il exige pénitence, mais que l’individu assume sans ressentir de culpabilité, n’est-ce pas là une injustice ? Il aurait été plus simple d’accepter le lynchage public, de paraître faire amende honorable, pour mes amis, ma famille, mes collègues. Cela avait été la couleuvre de trop.



A suivre... (ou pas)

11 février 2011

Waves

Relationships cannot and should not be stable. What is stable goes stale and eventually dies. In the case of relationships, there are two possible ends: breakup or kids.
Human beings are not "finite" creatures; they are ever-evolving, ever-changing living organisms. Why on Earth would you believe that a stable relationship is possible? And speaking of which, the world we perceive as mostly made of objects, inert things, that world does not exist. Everything around us is changing. From rocks losing particles to erosion, to plants growing and dying, buildings fighting the pressure of gravity, to animals and humans: everything is in a state of flux. If you're above 20, there's a decent chance around 95% of your body's cells did not exist when you were born. The initial cells all died and got replaced many times over. Yet you can recognize yourself in the mirror, and only when you look at old pictures do you feel the passage of time and the evolution of your body.

We live in the illusion that the world is stable, when it is only movement. Energy is transformed every second of every hour. The heat generated by your body when you walk is dispersed in the air, which moves air masses, which in turn creates wind that will blow on water, creating waves which end up delivering their energy on beaches in the form of sound and movement. And that's not the beginning nor the end of it : nothing is created, nothing is destroyed, all is transformed, constantly.
Greenthusiasts believe we should protect the earth, stop the catastrophe we're creating through human activities. Yet from an evolutionnary standpoint, there is no such thing as "bad change". Evolution happens, nothing stays the same forever. Ecosystems have to be destroyed (temporarily) so they can be rebuilt. For one thing, we would not be here if it weren't for 4 mass extinctions before our time. So wanting to save the siberian tigers might seem like a noble idea, and it might give your guilty conscience a break, but from a geological timeline, it makes no sense and no difference to the grand scheme of things.

So how can we have relationships in this world? By embracing the fleeting nature of life. We need to accept that the person we sit or lie down next to is not going to be the same tomorrow, and that it is not something to be scared about. The only way a partnership can develop between two people, of friendship or love, is if both accept that the relationship is never going to be stable, and it will not find a point of perfect balance. All that can happen doing that is forced and will not stand the test of time. Accept that you are different individuals, with different needs, which will change over time. Stop trying to make everything perfect - nature hates perfection and so should you. Be open-minded, find somebody with an independent will that does not want to submit to your world view. Do things together, but do things apart. Do not see it as a threat. Let the person you claim to love be themselves, and be without you if it's what it takes. Love is not possession, as a famous pop star sang. It is a temporary bubble of common ground which you can extend if you happen to grow naturally in the same direction, or in compatible directions. It reveals a part of us we wouldn't access otherwise, which is a good thing, but it is not the ultimate goal, because there is no such thing. You are here, period. Stop asking why, and start thinking "how". Make your life pleasurable and meaningful to you. There is no recipe, no religion, no guru that can give you meaning. Just be.

27 janvier 2011

Trébucher

Elle portait des escarpins rouge-pompier, ma sirène du fond du bar. Le fard sous ses yeux poudrés absorbait la lumière comme un océan opaque. J'ai voulu lui prendre la main et me suis incliné au contact du bloc de marbre, un frisson dans les doigts. Il n'y avait ni excuse ni échappatoire, encore moins de mots à prononcer ; ils se seraient perdus dans le bruit de toute façon. Au milieu de cette faune, esclave de la fureur, mon esprit a rejoué le film de mes souvenirs les plus paisibles, mais je ne parvenais pas à rester sur une seule image à la fois - les flashs se succédaient aussi violemment que les rythmes machinaux de l'enfer gris. Je ne parvenais pas à clarifier ma pensée, à focaliser l'attention sur une idée comme on me l'avait appris pour rester de longues minutes sous l'eau avec une seule respiration. Elle avalait la lumière et ma raison. Je ressentais dans ma chair la conviction philosophique forgée au long des ans : nous ne sommes que des animaux cherchant à satisfaire nos pulsions sans être punis en retour. 

Mon attirance pour la sirène ne devenait noble que par une justification logique fumeuse, une post-rationnalisation de mon instinct bestial. Inventé, le "coup de coeur". Fantasmée, la montée en flèche du rythme cardiaque. Narcisse venait de repérer un trophée qui gonflerait son ego. Sade voyait un esprit à pervertir et un corps à forniquer jusqu'à une hypothétique satiété du plaisir. Tout n'était que jeux de puissance et conservation de l'espèce. Le système nerveux n'existe que pour permettre au reste du corps de survivre. Nul autre but qu'éviter la destruction de l'organisme.

Ceci présentait toutefois un avantage : dès que l'on cesse de se demander "pourquoi", questionnement inutile et sans réponse possible, on peut s'intéresser au "comment", dont la satisfaction ne dépend que de nos envies et ne connaît nulle limite. 


25 janvier 2011

Aerial Plastic Bubbles

Warm sounds submerge me like summer lights. Do you know what it feels like to shiver from heat? Pure as melted snow : toxic. Not without the daughter's permission, you won't. Blame me. There has to be more to him than this. What lies ahead? Which lies? Liar liar liar. Dirty smells familiar. Stroke. Kitty litter and magic markers. A fairy, two snares and 3 kicks on all fours. Mumbling, rumbling, tumbling. I would love to but I hate you. Soooo, suck it up. What if I told you my biggest secret? A saucerful of midgets. Place one hand on the bible, and one foot on your neighbour's back. Kill him just to watch him live. Zombies. Denial it is not. Ah yes, he was here until I kicked him out. Why does anyone do anything? A smoke and a fuck, I suppose. Gently but not too little. We've be seen out of town. Cash your chips. Now. A mouse mat, a mouse mat, a mouse mat, a cat trap. Sentimental assassin, senseless lover. Work is more important than life. Yes, I loved her silly. They will. Sorry, I thought you said "welding". Well done. Nonsense. Eat your cake. Don't do the dishes. Ditch the bitch. Dim your wits, dumb your watts. Fuck it up. Welcome to the pub. Tap tap tap, revolution is on Pat. Revolving revolver. Evolving realter. Reality matter. Not "haha" funny. Hoe Hoe. No hope, no mistletoe. The fourth was missing. Easier to like a green-eyed god. Presidential pardon. Plant flowers, reap flours. Scare you later.

24 janvier 2011

Sujet 1

Les baisers ne se vivent pas : ils s'inventent. L'afflux de stimuli sensoriels sature la capacité de traitement du cerveau (des plus émotifs) - on peut vivre ou se souvenir précisément, rarement les deux. La mémoire fabrique les souvenirs, un mensonge à la fois. Nos baisers sont ainsi aussi réels que des rêves, ce qui laisse songeur. 

Une décharge électrique réveille mes neurones qui en retour activent mes doigts. Je n'écris que pour des fantômes même pas morts. Pourtant mon sauveur finit par arriver : l'oubli. Qu'il soit factice ou sincère, le souvenir est encore plus éphémère que les serments. 
Serrement de coeur. 
Sincèrement, sers m'en donc un de plus. Tu vois bien que j'ai besoin d'un descendant (je n'ai pas l'outrecuidance de prétendre que l'alcool me remonte - "the plan was to drink til the pain over / but what's worse : the pain or the hangover?").

Tandis que les photos confrontent mes yeux à l'immatérialité de mon souvenir, que le temps creuse autour de ses yeux le fossé qui sépare mon fantasme de la réalité, et qui symbolise la distance tendant inexorablement vers l'infini entre nos existences, je frissonne. Dégoût de mon attirance pour les gouffres. Ce défi irrationnel : poursuivre des filles rationnelles et en réclamer la folie dont on ne se sent plus capable. 

En accumulant des couches successives de mensonges et d'embellissement, je fore les croûtes de fiction et de déni jusqu'à toucher, au petit bonheur la chance, de fragiles révélations sur les briques élémentaires de ma personnalité. Sous le couvert de l'autre moi, d'une signature, aussi obscure soit-elle, je peux me dérober à ma surveillance implacable. Cachées sous des kilomètres de bric-à-brac, mes vérités se devinent à l'abri d'un champignon atomique de niabilité. 

16 janvier 2011

Flashes Between Your Thighs

Watching TV re-runs with red wine
Canned fish smells like cat food
Sobering up to a silent phone
And melancoly notwithstanding
I don't know what I can save you from

Defined by the distance between disses
Forgetting us until you're pissed
I like when you hide in plain light
But why would sell your soul
When nobody's buying

Fuss over fur or faux
Falling for fallacious follies
Finally fled in a flicker of light
For I fake faster than you
Before you think to take flight